Affleurements

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Les 5 sens

Après plus d'un mois d'arrêt intensif, je peux confirmer : l'arrêt de la cigarette provoque une plus grande sensibilité olfactive. Surtout au printemps où toutes les senteurs sont exarcerbées : diesel, sans plomb, mazouts divers.
Se promener dans Paris, ce n'est que du bonheur.

Tourner

Cela tourne et retourne.
Je cherche à trouver la bonne forme.

Parfum

Au détour d'un parfum qui interpelle, on tourne les yeux pour regarder ces petites choses qu'on ne voit jamais, à force de passer à côté en étant pressé.

Musique

L'expression d'un certain mépris, sur le petit bout de la petite scène.
Avec son empressement à jouer l'épicier, il me reste le sentiment qu'il a oublié de raconter son instrument.

Les enfants

Tous les enfants se sont tus, d'un seul coup.
Il ne se passait rien, ou pas grand chose. Juste quelques jeux.

Mains(2)

Une main dans la main.
Viens, on s'accompagne.

Elsa

Je ne sais pas très bien pourquoi j'ai commencé à penser à toi, tout à coup. Le regard un peu vague dans le va et vient des passants et des voitures d'un dimanche après midi.

Elsa.

Aujourd'hui sans nom de famille à cause de cet oubli qui commence à tout effacer.

Petite fille, toujours première de la classe. Pas tellement souriante, pas tellement sauvage non plus, qui semblait avoir des pensées bien trop importantes pour notre âge à nous qui la cotoyons, toujours enfants. Je me souviens que tu n'avais alors qu'une seule vraie amie, vous étiez toujours ensemble.

Adolescente, toujours première de la classe, tu avais fini par ressembler à une jeune fille, quand les petites filles commencent à ressembler à des jeunes filles alors que les garçons restent des garçons. Non sans heurts, en guerre contre ton corps, contre le vide de l'anorexie ou le trop plein de la boulimie. A moins que ce ne soit le contraire. A moins que ce ne soit les deux. Au bout d'un mois je n'étais jamais certain de pouvoir te reconnaître, tant ton corps changeait, incertain. Et toi, comme ton corps, tu oscillais entre sagesse et hystérie, peinant à attirer les regards, les conspuant dans le même temps. Sûrement nous étions cruels et moi j'étais cruel également. Je crois que tu rêvais de Grêce Antique.

Puis tu as commencé tes études, on s'ést perdu de vue. Depuis longtemps en vérité, bien longtemps avant qu'on ne se voit plus pour de vrai, qu'on ne se croise plus dans le couloir d'un établissement scolaire commun, ou d'ami commun. Je ne sais pas si tu as eu d'autre amies, ni même un amant, tu semblais bien seule, bien souvent, quand je te croisais.
Je prenais juste de tes nouvelles comme je prend souvent des nouvelles, par interposé, au hasard des rencontres, et au fait, tu as des nouvelles de ...?

J'avais du mal à t'imaginer réellement heureuse, mais je t'imaginais sans peine brillante. Et j'espérais que tu trouverais sinon un peu de bonheur, au moins un peu de réconfort dans ce que tu réussirais forcément.

Un jour un interposé me donnant de tes nouvelles m'apprend que tu t'étais donné la mort quelques semaines plus tôt, me précisant par quel moyen, comme on le fait tout le temps dans ces cas là. Comme si ça pouvait avoir une quelconque importance. Je me souviens que j'avais regardé mon interlocuteur, pensant qu'il m'annonçait cette nouvelle bien mal, qu'il manquait de gravité, et j'ai eu immédiatement un peu honte de l'incongruité de cette pensée à ce moment.

Aujourd'hui, tu n'as plus qu'un prémon. A cause de l'oubli qui fini par tout effacer.

Un rayon de soleil

A proximité d'une fenêtre, tu te laisses caresser le visage par le soleil qui pointe.
Un instant, simple.
Tu cherches un mot, mais tu ne trouves rien à dire qui convienne au moment.
Alors, tu souris, c'est aussi bien.

Une Histoire

Je me souviens de mon grand père qui me racontait une histoire.

C'était une de ces histoires qui vous met en rage de votre propre impuissance, qui vous transporte d'indignations, vous donne envie de sauver le monde du haut de vos six ans, de vos dix ans, vous transforme en Don Quichotte en guerre contre les moulins à méchants.
Et c'est quand on vieillit qu'on arrive à se dire que ce n'est qu'une histoire, comme tant d'autres, beaucoup d'autres. La gorge se fait moins sérrée, les larmes plus discrètes et les cris plus contenus. Bien qu'on se sente de plus en plus triste. C'est la tristesse de l'impuissance qui prend peu à peu la place laissée par la rage et l'indignation qui se sont émoussées, fatiguées de ne rien rencontrer.
On se demande si un jour il ne nous restera plus rien. Rien qu'un oeil vide qui enregistre ce qui passe, sans regarder. On se dit qu'on préfère ne pas y songer, alors qu'on se souvient qu'on était indigné, même si on ne comprend plus très bien pourquoi.
On se distancie aussi, pour se protéger.
Parfois on se dit que c'est parce qu'on commence à expliquer. On n'en est plus très sûr. On est sûr de rien. Alors on s'explique.

Mon grand père ne m'a jamais raconté la fin de cette histoire. Il disait que de toute façon, ce n'est jamais celle qu'on imagine.

Epave(2)

C'est émouvant une épave, comme une ruine.
Ca ressemble à la chair donnée au temps.

Romain Gary, le caméléon

Ne dis pas forcément les choses comme elles se sont passées, mais transforme-les en légendes et trouve le ton de voix qu'il faut pour les raconter.


Tout est permi dans l'art, sauf l'échec... Lorsque l'art n'échoue pas, son mensonge est honnête, lorsqu'il échoue, aucune vérité ne saurait l'empêcher d'être un mensonge piteux.


Romain Gary, cité par Myriam Anissimov dans Romain Gary - le caméléon

Communiqué

Sur le perron de l'Elysée, où il a été reconduit dans ses fonctions, M. Jean Pierre R. a fait les déclaration suivante : "Par ce geste fort, le chef de l'Etat a voulu marquer sa confiance dans le gouvernement. Ainsi qu'il l'avait déclaré quelques mois auparavant, "il saurait n'y avoir ni vainqueur ni vaincu" au terme de ces élections. Ce ne sont pas les urnes qui gouvernent. Et je resterais donc à la tête du gouvernement, fier de mener à bien des réformes qui imposent, au delà des avis partisans et des infortunes électorales. Cette reconduction est un acte courageux, qui montre que nous avons entendu les voix qui se sont exprimées en notre faveur."

Dans l'entourage de M. Alain J. -Futur Ex. président de l'UMP-, on s'interroge sur d'éventuelles opérations d'entrisme d'agitateurs très gauchistes au sein d'un des partis de la majorité. Un certain François B., de UDF est plus particulièrement montré du doigt. "Ca serait logique et ça expliquerait bien des choses" lance laconiquement un de ses plus proches collaborateurs.

Ainsi, pour remédier à ce nouveau danger qui menace la vie démocratique de la nation, M. Nicolas S., également reconduit dans ses fonctions de ministre de l'intérieur annonce une réforme à venir : "Nous allons nous attaquer au problème de l'insécurité électorale. En effet, il est intolérable qu'aujourd'hui, en 2004, dans nos villes, nos campagnes, il subsiste des zones de non droit où de dangereux gauchistes, immobilistes, et sans projet, s'adonnent impunément au vote sanction de gauche. Afin de remédier à ce scandale sans précédent, nous allons lancer l'opération "un képi pour chaque isoloir" pour les prochaines élections, afin que chaque français, dans chaque bureau de vote, puisse voter en toute conscience et libéré de toute pression extérieure. J'entend déjà des irresponsables de démocratistes crier au scandale. Mais que voulez-vous ? Que des coupables haranguent impunéments les foules ? Que des hommes politiques finissent par faire des promesses irréalistes sous la pression de gauchistes ? Que l'opinion publique soit manipulée ? Soyons sérieux. Il faut penser aux victimes des élections."

- page 2 de 79 -