l'héritage
Par GM le 05/09/08, 07:08 - journal - Lien permanent
"Je ne suis manipulé par personne"
Le cri fait la couverture d'un journal de seconde zone, complaisamment disséminé sur une ribambelle de colonnes Morris de la capitale. Malgré sa relative jeunesse, le fils a déjà ces tics et ces habiletés des vieux routiers, transformant habilement sa faiblesse, ce soupçon de favoritisme, de piston, en une preuve de sa force, de sa stature présente et à venir, de sa capacité à résister aux pressions. Ses premiers succès politiques, électoraux, assez éclatants bien que sans grande élégance (un trait de famille, semble-t-il) ont été dessinés par la main, dans le sillon et l'ombre de son père.
Et pourtant, ces mots du fils qui éludent le père, pourtant omniprésent, omnipotent presque, finiront par la force de leur propre répétition par construire cette vérité indéniable : le fils possèdera comme son géniteur cette confiance, cette croyance en soi inébranlable. Il sera construit de cette assurance, de cette morgue des vrais héritiers, cette imperméabilité au doute et cette indifférence aux autres qui lui ouvriront bien plus de portes que son père ne lui en ouvrirait, et qui lui permettront avec une quasi certitude de réussir une carrière qui, sans être brillante (l'homme n'en est pas capable), n'en sera pas moins bordée par les honneurs de la grande bourgeoisie et très correctement lucrative. C'est là la part paradoxale de cet héritage : ses (vrais) succès futurs se seront bâtis sur l'illusion d'une crée par une (petite) arnaque fondatrice.