L’une des petites choses que je sais sur l’écriture est la suivante : dépense là toute entière, lance-la, mise-la, perd-la, tout entière, tout de suite, à chaque fois. Ne garde pas par devers toi ce qui te semble bon, pour un autre endroit du livre, ou pour un autre livre ; donne-le, donne-le tout entier, donne-le maintenant. La tentation de mettre de côté quelque chose de bon pour un endroit meilleur, pour plus tard, est le signal de le dépenser maintenant. Autre chose émergera plus tard, quelquechose de mieux. Toutes ces choses viennent par-derrière, par en dessous, comme l’eau d’un puits. De même, la tentation de garder pour toi seul ce que tu as appris est non seulement honteuse, elle est destructrice. Tout ce que tu ne donnes pas librement et en abondance est perdu pour toi. Tu ouvres ton coffre fort et découvres des cendres.
Après la mort de Michel-Ange, on trouva dans son atelier un morceau de papier où, avec l’écriture d sa vieillesse, il avait rédigé un mot destiné à son apprenti : “Dessine, Antonio, dessine, Antonio, dessine et ne perd pas de temps”

en vivant, en écrivantAnnie Dillard