La solitude heureuse du voyageur - Raymond Depardon
Par GM le 15/01/07, 21:33 - livres - Lien permanent
Il y a un aspect charognard, chez les photographes, il y a l'aspect voleur, l'aspect voyeur : on prend. Alors, pendant un certain temps, il valait mieux voler dans son quartier que d'aller voler à vingt mille kilomètres. C'est un aspect du journalisme qu'on ne connaît pas tellement, mais qui est résumé dans cette image : un homme, avec un caméra, qui est penché sur un enfant visiblement moribond, complètement squelettique. Il est penché comme une espèce de vautour. L'homme à la caméra, c'est moi. La photo a été prise au Biafra, dans les années 1968-1969, au moment de la famine. Quand elle a été faite, elle m'a un peu dérangé, parce que c'est moi qui était sur l'image, pour une fois, et Gilles Caron a bien senti que c'était une image formidable. Il a été un peu gêné pour moi et il m'a demandé s'il pouvait la diffuser. Elle n'a jamais été publiée dans le premier livre de Gilles, et peut être qu'involontairement, c'est moi qui l'ai écartée, elle ne me flatte pas, parce que c'est aussi l'occidentalisme, c'est tout une image du photographe, et le problème est éternel, on peut le défendre, le démolir.
La solitude heureuse du voyageur - Raymond Depardon
(En réalité, ils sagit de Notes, précédant La solitude heureuse du voyageur, mais je trouve que cette solitude est un si beau titre qu'elle vaut bien quelques arrangements)