La nuit précédant la rentrée est très agitée, comme souvent.

Le retour au quotidien est un peu étrange, presque irréel. Les rues sont encore presque vides ce matin, les trains également. Comme si cette rentrée n'en était pas réellement une, comme si la ville était encore restée en sommeil. L'envie n'est pas là, n'est plus là, il semble qu'elle s'est éteinte de façon définitive, après quelques vains soubresauts. En attendant de trouver une nouvelle terre où poser mes journées, je joue la bonne fortune à contre-coeur. Je regarde avec une ironie un peu pincée mon entreprise d'aujourd'hui faire ses cartons en vue de déménager à la fin de la semaine, alors que je m'imagine faire les miens pour ne plus y revenir, avec l'estomac un peu serré de ne pas savoir vraiment vers où me tourner, la peur de ne pas savoir faire le bon choix.

Je suis en train de relire la trilogie des jumeaux d'Agota Kristof. Je ne me souvenais pas qu'une telle violence errait dans ces pages, sourde, froide, presque cristalline. Je me souviens que la première fois, j'avais lu cette trilogie dans le désordre, au milieu d'autres lectures, ajoutant involontairement quelques fils à une pelote qui m'avait semblée déjà bien emmêlée.