On peut la croiser dans l'escalier en fin de matinée ou en début d'après midi. Elle les emprunte tous les jours pour aller faire quelques courses avec l'espoir de croiser quelqu'un avec qui échanger quelques mots. Elle s'arrête toujours pour trouver une oreille, y raconter une petite histoire d'ici, une petite histoire d'avant. Elle habite ici depuis quatre-vingt douze ans et commence à trouver que ces quatre étages sont un peu trop haut pour elle. Parfois, elle raconte avec un sourire serein qu'elle a hâte de ne plus avoir à les monter, ces fichus escalier où elle a tellement vu et entendu d'histoires ; vous savez, il y en a tant qui se promènent ici, le long de ces marches, qu'elle n'est pas certaine qu'il lui reste assez de temps pour toutes les raconter.