La lumière et l'ombre
Par GM le 10/10/06, 22:58 - journal - Lien permanent
J'ai retrouvé ce récit de Yasmina Reza sur le récit de Klaus Mann sur Stefan Zweig dans Nulle Part.
J'ai retrouvé ce récit que je cherchais depuis plusieurs mois par hasard, alors que j'avais plus ou moins renoncé à l'idée de le retrouver, allant jusqu'à remettre en doute mon souvenir. Je l'ai recherché dans d'autres livres, jamais dans celui-ci, persuadé de l'avoir lu ailleurs. J'ai feuilleté intégralement ces autres livres plusieurs fois dans l'espoir de retrouver ce passage, sans succès bien entendu. Dans mon souvenir, Stefan Zweig parlait de Klauss Mann. Ma mémoire fait des détours.J'ai retrouvé ce récit de Klaus Mann sur Stefan Zweig : « La dernière fois que je l'ai rencontré, il venait vers moi, sur la Cinquième Avenue, sans du reste me remarquer. Il était comme on dit, plongé dans ses pensées. [...] Comme il pensait que personne ne l'observait , il s'autorisait un regard fixe et peiné. Rien des mines enjouées qu'on lui connaissait. En outre, ce matin-là il ne s'était pas rasé et son visage avait une allure étrange et hirsute. Je le regardais, avec sa barbe de plusieurs jours, les yeux sombres et éteints, et je me dis : "Eh bien, que lui arrive-t-il ?" Je me dirigeais vers lui : "Où allez-vous ? Pourquoi êtes-vous si pressés ?" Il s'arrêta net, comme un somnambule qui entend son nom. Une seconde plus tard, il s'était ressaisi et souriait à nouveau, discutait, plaisantait, aussi courtois et animé qu'à l'ordinaire. » J'ai toujours écrit comme l'homme des autres, celui qui sait qu'on le regarde. J'ai enjoué le sombre et l'ai rendu aimable Peut-on écrire comme un homme qui ne sait pas qu'on le regarde ? Dans le réçit de Mann, je vois pourtant deux aspects de la vérité, car vouloir se montrer courtois et animé traduit autant, sinon plus, l'essence de l'être que le sombre du moment.