Les vacances ce soir, attendues, espérées, chéries. Je n'écris pas beaucoup, par manque de temps, d'envie.

Dans le journal Le Monde : un article intitulé urgence au gymnase de Cachan, Je le lis parce que ce gymnase était à côté de chez moi, il y a deux ans. Il y a un mois, un squatt a été fermé, ses occupants expulsés. Aucun moyen de relogement n'a été prévu. Et les explusés s'entassent, et arrive le tellement prévisible pourissement de la situation, sanitaire, hygiénique, des maladies, des infections, des virus. Et le préfet qui raconte : "il ne faut surtout pas alarmer les populations". On peine à saisir le sens des priorités. Peut être faudra t'il un mort ou deux pour que la situation évolue et que les solutions se mettent en oeuvre, et encore, un enfant de préférence. Il est rappelé que des logements gratuits à l'hôtel sont proposés et refusés. Parce qu'une chambre d'hôtel sans cuisine et où il est interdit de cuisiner est toujours mieux qu'un gymnase pour une famille avec enfants. Le pire est toujours mieux que l'encore pire, ce serait donc une bonne idée de bien vouloir s'en contenter. Une slogan et un projet pour la France.

J'ai toujours été sur le fil d'un cynisme un peu stérile, vaguement misanthrope, spécialement convaincu de la bêtise du monde et surtout des gens qui racontent avoir leur rôle à jouer, et je crois que j'ai fini par tomber dedans. Plus désespéré de ce qui m'entoure qu'il y a encore quelques mois, plus fatigué aussi, sans arriver à me convaincre d'en finir avec la lecture compulsive de journaux, de tous les journaux, à la recherche d'un indice, d'une vérité qui m'échapperait. Comme s'il me manquait une clé pour comprendre et appréhender le monde, cette clé que je serais le seul à ne pas avoir. Je n'arrive plus à me détacher de ce qui m'entoure, et recommencer à regarder ce monde comme un spectacle. Ca serait juste une petite comédie sans importance, dans laquelle on trouve quelques détails de tendresse, un peu cachés derrière la grande pompe des gens importants.

Parfois, je relis quelques textes d'avant, que je préfère à ceux de ces derniers mois. Comme si j'étais devenu poseur en voulant éviter de le devenir. Comme si je cherchais le mot définitif plus que le mot juste. Le mot qui ferme et qui claque plutôt que celui qui interroge et qui m'étonne. C'est peut être ça qui a vraiment changé dans ma façon d'écrire, comme dans ma façon d'être. Comme si je m'étais pétri de tics en voulant éviter d'en avoir.

Peut être qu'on ne peut pas écrire face au monde durant quatre années sans s'user. Peut être qu'on change, comme l'écriture change. Peut être est-ce l'inverse. Peut être qu'il faut se cacher un peu, retrouver une sorte de solitude, un soliloque, et comme le raconte si bien le cliché, se ressourcer, retrouver la forme des traits qu'on veut dessiner retrouver de l'espace, regarder les détails dans les coins. Faire un travail en atelier plus important pour ne garder à l'exposition que ce qui mérite de l'être, même s'il n'y reste plus qu'une toile accrochée dans une pièce blanche et vide.

Je pars en vacances ce soir, donc.