Tu n'est pas une mère comme les autres
Par GM le 06/07/06, 22:05 - livres - Lien permanent
---La métamorphose d'Else en femme supérieure, qui lui accordait à lui l'homme, l'artiste, l'intellectuel, les libertés nécessaires à sa créativité, était une chose, une chose bienvenue, mais qu'elle même, femme, mère, être ordinaire et non d'exception entendît en profiter, cela dépassait les bornes. Il n'avait rien envisagé de tel, c'était d'ailleurs impossible car jamais il n'avait douté qu'elle l'aimât comme seule une femme savait aimer, profondément, fidèlement, solidement, modestement. Non qu'il mît son amour en doute après sa nuit de danse provocante avec ce bellâtre grotesque, certes non, il était toujours aussi persuadé de sa supériorité, mais prudence ne pouvait nuire.
J'avais donc choisi le camp des Juifs, ce qui relevait pour moi de l'évidence car j'aimais ma mère. Cela n'a rien à voir avec l'éveil d'une consience juive ou même l'émergence d'une appartenance. J'étais bien trop jeune et d'ailleurs je n'avais pas l'ombre d'un début d'idée de ce que pouvait être le judaïsme. Je n'éprouvais pas non plus le besoin d'approfondir la question et de savoir pour quelle raison ma mère considérait le thème juif comme tabou et me répétait sans arrêt de ne jamais dire à quiconque qui nous étions : j'étais allemande, Bettina était allemande, elle même était une Allemande, sur le point d'épouser un Bulgare. Le mot juif ne devait jamais passer mes lèvres, autrement je nous mettrais tous en dange. Elle me fit jurer et je n'ai jamais rompu ce serment.
Son interdiction eut un effet si durable que, même des années plus tard, alors que tout était fini, je ne pouvais prononcer les mots juif, juive. Il me causaient une peur mortelle et insurmontable.
Tu n'es pas une mère comme les autres, Angelika Schrobsdroff