l'instant
Par GM le 31/05/06, 16:22 - journal - Lien permanent
De la paresse, du manque de temps et parfois d’envie. Le quotidien qui finit par envelopper les pensées de sa chape cotonneuse, étouffante et confortable, et le ciel toujours grisâtre et pesant, qui n’incite pas à s’aventurer au dehors. Un travail qui envahit par tous les interstices – jusqu’aux rêves – tant que l’abcès ne sera pas crevé. La sensation d’avoir à aborder dans les prochaines semaines, mois peut être, une zone un peu brumeuse, incertaine.
Les moments de basculements sont fascinants, ces instants à partir desquels tout prend une autre forme, une autre saveur, comme la goutte d’eau qui renverse le vase, une page qui tarde à se tourner, mais se tourne cependant.
Il me semble qu’il est impossible de déterminer avec précision l’instant où tout bascule, le déclic en lui-même n’étant possible que par l’accumulation de toutes petites frustrations, de minuscules colères ravalées, d’insignifiants inconforts ignorés. L’instant où tout bascule n’est possible que grâce à cette profusion préalable de laquelle aucun instant ne se dégage ; et pourtant il y a un instant, tout bascule.
Alors, la perception du monde se renverse avec une brutalité qui laisse un peu pantois, presque hébété. Les petits oublis que l’on laissait passer sans se formaliser deviennent odieux, les transports simplement désagréables deviennent de véritables chemins de croix, les quiproquos prennent des airs de conspirations et les silences sont autant de marques d’irrespects intolérables. Tout devient prétexte à pointer du doigt ce qui ne va pas. La simple idée d’une tentative de raccrocher les morceaux si épars semble tellement insurmontable que l’on se demande comment on a pu la caresser si longtemps alors que l’on voyait s’approcher, un peu incrédule, l’instant fatidique du basculement, au moment de la profusion.
Alors le curriculum vitae si difficile à remettre à jour habituellement se retrouve prêt dans les 48 heures, la pantomime de la lettre de motivation est exécutée à peine plus lentement et je me vois, avec appréhension, reprendre une route que j’avais quitté quatre ans plus tôt et qui ne m’avais pas laissé un très bon souvenir.
En attendant le dénouement, j’ai du mal à retrouver le temps d’écrire. Pas le temps évident qui s’écoule au rythme de l’aiguille, ces quelques trop rares heures quotidiennes qui m’appartiennent et dont je dispose toujours plus ou moins, mais je n’arrive plus à retrouver le temps de me rendre disponible à l’éclosion des mots, des phrases, et n’ai qu’à peine le cœur à recopier quelques extraits de mes trop peu nombreuses lectures. Dès que les pensées se laissent à divaguer, elles bifurquent rapidement sur le chemin obsédant de la brume des semaines à venir, me laissant soudainement pensif, vague, jusqu’à ce qu’une voix me tire vers la réalité pour me demander ce qui me rend soudain si soucieux, si silencieux.
Commentaires
La paresse est parfois un nid qui laisse les choses grandir, pas d'inquiétude à avoir...
Oh la paresse en elle même ne m'inquiète pas plus que ça. En revanche, je ne suis pas certain qu'elle soit toujours le creuset d'une grande maturation...
Pour ma part, je dirais mieux vaut en rire qu'en pleurer :)
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