La femme qui n'était pas Blanca avança vers Mario depuis le fond du couloir, habillée de chemisier de soie verte, des jeans et des chaussures plates de Blanca, lui souriant et fermant à demi les yeux tandis qu'elle s'approchait, des yeux qui avaient la même couleur et la même forme que ceux de Blanca mais qui n'étaient pas les siens, lui souhaitaient la bienvenue sur un ton de voix aussi semblable à celui de blanca que si c'était véritablement elle qui lui parlait. Comme Blanca, elle se pencha un peu pour lui donner un baiser parce qu'elle était légèrement plus grande que lui, mais au lieu de garder les lèvres serrées tandis qu'elle effleurait les siennes avec la rapidité et la distraction de qui répère un geste quotidien et banal, elle les ouvrit, à la recherche de la langue de Mario, alors tellement surpris par cette effusion inattendue qu'il ne sut y répondre à temps.
Dans son haleine et dans la douceur rapide et charnelle de ses lèvres, il lui sembla retrouver les délices des premiers baisers de Blanca, contrefaites maintenant mais semblables aussi, avec une exactitude sans défaut ou presque qui rendait tout beaucoup plus irréel.

L'absence de Blanca - Antonio Munoz Molina