Les âmes grises - Philippe Claudel
Par GM le 21/03/06, 18:20 - livres - Lien permanent
Un procureur, au début du siècle, c'est encore un grand monsieur. Et par temps de guerre, quand un seul coup de mitraillette fauche une compagnie solide de gaillards prêts à tout, demander la mort d'un homme seul et enchaîné relevait de l'artisanat. Je ne crois pas qu'il agissait par cruauté quand il réclamait et obtenait la tête d'un pauvre bougre qui avait assomé un postier ou éventré sa belle mère. Il voyait l'imbécile, les cabriolets aux mains, en face de lui, entre deux agents, et s'est à peine s'il le remarquait. Il regardait pour ainsi dire à travers lui, comme si l'autre déjà n'existait plus. Destinat ne s'acharnait pas contre un criminel en chair et en os, mais défendait une idée, simplement une idée, l'idée qu'il se faisait du bien et du mal.
Les âmes grises - Philippe Claudel