Il y a d'abord, le bruit de la foule, le brouhaha de l'aéroport, qui ne ressemble à aucun autre, et celui du pays étranger. Je suis toujours frappé de ce que le brouhaha en langues étrangères puisse être si différent du brouhaha francophone.

Il y a la douceur de l'air. L'écharpe qui devient superflue, le manteau également. Le soleil qui brûle mes yeux trop sensibles.

Il y a le bus, que nous prenons pour la première fois ici, incertains d'arriver à destination, entourés de sacs, de valises et de touristes, l'instinct et l'habitude parisiens nous accordant des places assises malgré notre entrée tardive dans le véhicule.

Il y a cette place, autour de cette statue si majestueuse qui représente cet inconnu dont la puissance devrait nous impressioner mais qui passera certainement l'éternité à servir de perchoir aux mouettes toujours friandes de points de vue haut placés.

Il y a ces pavés qui pavent tellement toute la ville, si différends des pavés parisiens. Ces pavés que je n'ai pas osé voler par peur de l'uniforme toujours peu amène du douanier que je ne manquerais pas de croiser à mon retour. La bête crainte de l'uniforme qui m'empêche de doubler le nombre de pièces de ma collection de pavés.

Il y a ces trois mesures de fado qui sortaient de la fenêtre de cet appartement et que j'ai feint d'ignorer tellement j'étais déjà triste à l'entendre au bout de quelques secondes.

Il y a la tranquillité, la patience, l'aimabilité, le temps qui est là, devant soi, devant eux, tellement inhabituel.

Il y a ce linge, qui pendouille pour sêcher à toutes les fenêtres bien impudiquement bien que, comme vous me le faisiez remarquer, nous n'y voyons jamais de linge intime.

Il y a le plaisir à peine dissimulé et incongru de prendre un café en terrasse en plein mois de décembre, sans être pétrifié de regrêts et de froid sur sa chaise.

Il y a le plaisir un peu dissimulé de jouer le touriste dans un restaurant qui sent l'arnaque à touriste à des kilomètres, et la joie de découvrir que cette impression était parfaitement fondée.

Il y a ce quart d'heure les dents sérrées à ne piper mot pour ne pas laisser voir à cette touriste française assise à mes côté dans le tramway que moi aussi, je suis touriste français.

Il y a cette ville, toute en pente, qui force les vues inattendues à tour de détours. Ce mélange si étrange de bâtiments neufs et si vieux, d'eaux et de ciel bleu. Si bleu.

Il y a ces arbres, encore verts, si extravagants.

Il y a ce moment d'inquiétude d'avion, en retard à cause d'un problème moteur, le pincement jusqu'à l'éterrissage, même si je sais que, je sais que.

Il y a ce plaisir de voir Paris de tant d'altitude la nuit tombée, tellement rare, tellement magique. je cherche toujours ma rue que je ne trouve jamais.

Il y a aujourd'hui la douce frustration de la pellicule pas encore développée, je sais que je voyagerais encore un peu à ce moment, là.