Les autres
Par GM le 22/11/05, 22:09 - journal - Lien permanent
Je crois que j'ai toujours considéré que le monde se séparait en deux catégories bien distinctes, presque étanches.
Les gens normaux et les autres.
Les gens normaux sont ceux dont j'arrive à envisager le quotidien. L'ennui du travail. Le regard vide des transports en commun. L'angoisse de la fin du mois, ce mois-ci, encore. Le petit chef qui commence vraiment à taper sur les nerfs tellement il est con. Les sourires des rencontres. Les petits soucis, les grands découragements, les plaisirs quotidiens, le froid vif de dehors, la grande joie d'un partage tellement espéré et préparé, mitonné derrière une assiette et un verre de vin, la douceur de la nuit. La tranquillité d'un soir d'hiver, sous un air de fado. Il existe également des tranches de vie sordides chez les gens normaux, la maladie, la perte, la mort.
Les gens normaux sont tous ceux que je pourrais croiser dans le métro.
Par exemple, j'ai toujours trouvé que les chochards étaient des gens très normaux. A la différence des professeurs dont, plus jeune, je n'arrivais pas à envisager la normalité en dehors des murs de l'école, du collège ou du lycée. Pour moi, les professeurs appartenaient littéralement aux murs dans lesquels ils m'accueillaient tous les jours, sans famille, sans amis, sans joies, sans peines. Comment envisager que mon professeur de mathématiques puisse se prendre pour Coltrane au saxophone le temps d'une nuit par semaine dans une cave enfumée de par amis ? Cette idée me semblait totalement incongrue, impossible. Ils n'étaient là sur cette terre que pour me servir, m'apprendre. Je me demande bien ce qu'ils devenaient une fois les établissements fermés, le soir, pendant les vacances. Il me semble que leurs vies devaient être bien triste et ennuyeuse, ainsi vécue, enfermés dans les murs tristes de ce collège de banlieue.
Aujourd'hui, ce sont leurs élèves, mes semblables d'alors, qui me semblent bien étranges, tandis que les profs, eux me semblent bien normaux ; étonnamment normaux même, vu d'où ils arrivent.
Parmi les autres, se trouvent tous ceux dont je n'arrive pas à imaginer pas le quotidien, tous ceux que je n'imagine pas croiser dans le métro, ceux qui ont une existence publique. Les acteurs célèbres, les journalistes, les hommes politiques, ceux qui passent à la télévision, les chanteurs et même, les écrivains. Que font-ils une fois la lucarne éteinte ? Comment sont-ils, de quoi parlent t'ils ? Est-ce qu'ils existent en vrai ? Comment est-ce qu'ils imaginent le métro ?
Imagine t’on Serge July, Nicolas Sarkozy, Catherine Deneuve ou encore Paul Auster vêtus d’un vieux peignoir usé jusqu'à la trame (avez-vous vu ce trou au niveau de la couture ?) et de pantoufles avachies, se préparer une petite omelette aux champignons, parce qu'ils ont un petit creux tard le soir, qu'ils n'ont pas eu les temps d'aller manger et que vraiment, ils n'ont pas envie de mettre le nez dehors ?
C'est inconcevable, inimaginable. Ces gens là n'ont pas de vie privée, ils sont publics. Ils ne peuvent pas être touchés pas la vie triviale, ils sont sublimes, ce sont des images ; Ils ne sont pas des êtres normaux.
Le fait de trouver un site sur lequel pointer lorsque je cite l'auteur d'un livre, cet objet un peu sacré, me perturbe. C'est comme si des personnes dont la vie devait être tout entière en dehors de la mienne se trouvaient soudain en situation de la croiser. Peut être même me lisent-ils en cachette. Peut être même finiront-ils par prendre le métro.
Commentaires
c'est etrange; les autres et les normaux, ce ne serait pas comme ça que je les auraient définis.
Peut etre parce que je ne possede pas l'aquarium à image. et que du coup les gens connus, célèbres, n'ont pas de visage ou alors tout à fait fortuitement quand au detour d'une rue (que je croise rarement), il y a là un magazine et son actualité qui s'impose à moi avec forcement l'image choc. Je me mefie des mots et des images, il faut dire. Mais j'écoute aussi, et je pense que ça doit etre les memes ondes, tot trop la radio et ce que j'entend quelquefois...souvent ces temps ci, ça me fait mal.Mais enfin les autres les pas normaux, je les appelle les "eveillés". Ce n'est pas ma boulangère ou toute une serie de commerçants qui professent proche et que j'apprécie parce que je suis seule ici et que sans chacun, quel qu'il soit, il est difficile de vivre. de ce que je lis ICI et de ce que je vois tu es de ces "autres" de mon dictionnaire personnel . De celui qu'il est bon de savoir qu'il existe, qu'il ressent, qu'il vit, et bon dieu, je suis bien triste dans ce paysage desolant ou je ne croise presque que de ces gens qui font le nombre important qui pensent un (est-ce que je peut appeler ça un homme... et oui puisque l'erreur est fondamentalement humaine) certain nicolas que la violence est la seule bonne réponse à la violence. Quelquefois, j'ai de la colère aussi, mais de moins en souvent.
ces eveillés, c'est le sous numéraire, c'est ceux qui ne font pas la majorité. Ceux qui me font grandir, réflechir, rever. Si c'était des hommes connus, ce serait aimé Cesaire
"j'attend au bord du monde des voyageurs qui ne viendront pas
Donnez m'en du lait d'enfance des pain de pluie des farines de mi-nuit et de baobab
Mes mains piquées aux buissons d'astres mais cueillies d'ecume delassent emps le corsages des verrous...." J'ai oublié où se placent les ponctuations. René Char,Blaise Cendrars et puis il y en a un tas d'autres et meme des vivants. Et puis le cinéma (bon j'avoue que j'habite un tout petit bled paumé et qu'il est difficile de voir un film "Art et Essai" mais c'est merveilleux parce qu'il y a une programmation de ces films là ce qui n'existe pas forcement dans tous les villages de province. (encore une apparté: la province est le pays lointain hors de Paris. Ici pas de nettoyage au karcher, c'est bien plus dans la subtilité de l'indifference) je ne sais sur quoi on se base pour choisir les films qui y passent surement sur la posibilité de faire des entrées, ce que je peux tout à fait comprendre mais il y a temps de films dont j'ai entendu parler que j'aurais aimé voir...
Bon, je parle trop.
Désolée, j'ai trop envie de dire, de debloquer tous ces mots ...
Je ne sais pas si j'ai parler à quelqu'un, c'est bien ça le pire. c'est la première fois que je donne un commentaire et que j'utilise cette corbeille à .... Corbeille à quoi? à pensées?
Merci pour les tiennes ou les votres ou... enfin voilà.
A quelqu'un, si, à moi, à vous même et aux quelques lecteurs qui s'attarderont, certainement.