Il y a celui qui, venu de Pologne, a combattu comme chasseur Alpin dans le nord de l'Europe, a été fait prisonnier jusqu'en Allemagne et puis est revenu, en France, moins seul qu'à son départ, même si certainement bien plus solitaire. J'imagine parfois que c'est la guerre qui a continué à le se tuer à petits feux. Peut être est-ce juste la vieillesse qui l'a rongé. Peut être que la guerre tue encore, longtemps après qu'elle soit finie.

Il y a celui dont je ne connais rien sauf la maladie, qui est le seul souvenir que j'ai encore de lui, l'ambulance que je voyais de la fenêtre de la cuisine du HLM où il logeait et qui venait le chercher. Une DS blanche.

Il y a celle dont la piété, la méchanceté et la cruauté trainent comme poudres dans la légende familiale, et dont l'évocation provoque encore aujourd'hui colères, larmes et gorges serrées.

Il y a celle qui est partie des rives du lac Lagoda pour terminer sa course forcée dans ce village de la Brie. Elle raconte qu'à son arrivée les rues n'étaient pas encore bitumées, et le sol de sa maison encore en terre battue. J'imagine souvent, ce siècle et ce continent traversés, avec vertige.

Il y a celle qui, belle absente dont je ne connais que le prénom et la photographie sépia, est partie bien trop tôt, après avoir exposé son violon sur le mur du salon, pour pouvoir encore regarder la fin de ce rêve qu'elle avait eu et qu'elle ne voulait pas trop l'oublier.