Il y avait l'art de la joie, le repos et un retour aux pavés un peu plus triste de retourner que d'habitude. Puis la nuit, sourde et perçante, la douleur qui envahit la machoire, l'oeil et une grande partie de la tête. Je tourne et retourne, comptant les minutes trop longues à se succéder. Je ne sais plus où j'ai mal tellement j'ai mal. Puis la douleur finit par s'échapper avec le soleil, il ne reste qu'une grande fatigue et une impression de gachis. Un peu de colère aussi.

Je suis sur la fameuse chaise, j'ai peur, j'ai toujours eu peur de ces chaises, j'ai envisagé une grande partie de la journée de ne pas y aller, lâchement, après tout le soleil avait bien fini par faire disparaître la douleur. Mais j'y étais. Les yeux mi-clos, préférant ne pas voir, la bouche grande ouverte, auscultée.
- Mais pourquoi transpirez vous autant, vous avez trop chaud ?
- Non, je flippe.
- Il n'y a pas de quoi avoir peur, je regarde, c'est tout.
- Vous êtes dentiste, pour moi, c'est suffisant.
Je le regarde, imaginant apercevoir un monstre sanginolant prêt à toute torture sur ma personne et mes gencives en particulier. Il avait juste l'air atterré. Les dentistes n'ont pas d'humour. J'ai remarqué pour la première fois qu'il louchait. Il a repris ses auscultations sans dire un mot de plus.

J'ai tellement de sagesse en bouche, si intéressante qu'il appelle ses étudiants stagiaires pour leur montrer comment la sagesse peut entraver la parole et mettre la gencive en lambeaux. Il faut arracher tout ça avant qu'elle n'arrache à son tour et ne contamine. Cette sagesse ne vous laissera que douleur là où elle est. Et d'ici là, j'ai tout le loisir de ne plus pouvoir m'endormir de frayeur. D'autant que les outils de notre temps offrent matière à fabriquer une fantasmagorie d'une richesse et d'une diversité inégalable.

Je n'aime pas les dentistes, je suis sûr que ça fait mal et je suis mort de trouille.