La ville instruisait. Ce pouvoir de coupoles majestueuses, de palais et de tours rapaces à peine adoucis par des dentelles de grilles hautaines, barait le passage au fourmillement misérable qui s’épuisait à servir et sourire, rappelant à tous, riches et pauvres, d’accumuler de l’argent pour combattre la peur de la mort, mot qui en réalité n’est pas plus effrayant que les mots maladie, esclavage, ou torture. Je ne me confronterais plus avec la mort, avec cette ligne d’arrivée qui, si on ne la redoute plus, rend éternelle chaque heure pleinement savourée. Mais il fallait être libre, profiter de chaque instant, expérimenter chaque pas de cette promenade que nous appelons vie. Libre d’observer, d’étudier, de regarder par la fenêtre, de guetter à travers cette forêt d’édifices chaque lumière qui de la mer se glisse entre les volets... Quelqu’un avait éteint tous les réverbères, la sirènes du port saluait un bateau invisible, l’un après l’autre s’élevait le fracas des rideaux de fer qu’on ouvrait.

L'art de la joie - Goliarda Sapienza