Je croise des fumeurs de crack en train de s'affairer dans la cage d'escalier. Ils m'assurent être en train de ranger et qu'ils vont quitter les lieux d'un instant à l'autre. Je suis sorti de chez moi quelques minutes trop tard pour vraiment les déranger, mais ma présence écourte manifestement le séjour à l'abri.

Ces personnes avec leurs vies de fantôme me font peur, même s'il n'ont ni gestes ni mots agressifs. J'hésite toujours à leur adresser la parole, j'évite leur regard autant qu'ils évitent le mien. Ils semblent résignés et gênés. Ils s'excusent beaucoup et moi je passe mon chemin.

Je quitte l'immeuble, l'un d'eux me suit et m'engage en conversation. Il parle distinctement, je l'écoute. Il me dit qu'il a 42 ans, des enfants et qu'on a bien du courage d'habiter ici, que lui n'aimerait pas, avec tous ces toxico qui traînent dans l'escalier.

Je reste coi quelques secondes, puis je finis par lui demander pourquoi il vient ici, lui, s'il trouve que c'est pénible pour ceux qui y habitent. Il me répond qu'il est toxico, qu'il fume du crack et qu'il faut bien qu'il se shoote. Il ne peut pas fumer dehors, même s'il préfèrerait, alors il vient ici.
Alors.