Hier. J?ai un carnet avec
Par GM le 24/11/03, 19:52 - Lien permanent
Hier.
J?ai un carnet avec moi, et j?annote ces moments au fur et à mesure.
Je suis les pas que nous avions suivi l?autre soir, en légères variations, jusqu?à la Seine qui avance en silence. je m?arrête là où on avait parlé. J?y lis un peu. J?y regarde le ciel tomber, s?assombrir. Et dans l?autre sens, toujours les mêmes pas, toujours en variations.
Je recommence à regarder les passants dans les yeux, plutôt que de fixer mes pieds. Je regarde les visages. Je souris, sans tellement de raison.
Je vais dans ce café où je vais souvent. Il est cher. Pas spécialement accueillant. Les serveurs pas tellement aimables. Mais j?y ai passé tant de temps, vu tant de visages, de sourires, de malices.
Il n?y a pas de musique. Juste les bruits de conversations des tables voisines. Les bruits de percolateur. De tasses qu'on pose sur les soucoupes. Ceux d?un enfant qui pleure ou qui rit. Ce verre qui tombe.
Je suis assis dans le fond de la salle et je regarde la vie qui s?y déroule. Je regarde tous les détails. Une bière posée sur la table. Mon stylo qui écrit trop épais à mon goût et mon écriture que j?ai du mal à relire. L?heure affichée à mon téléphone. L?unique cigarette qui reste dans mon paquet. Ces personnes assises à cette table qui ont l?air de vivre, de sourire. Une femme qui explique patiemment à sa fille. Ceux qui se font la bise, se sourient, s?aimeront certainement. Cet homme qui lit le figaro. Cette femme un peu menue avec un sourire joli qui a rejoint cet homme avec un peu d?hésitation. Cette femme concentrée sur ses polycopiés, un stylo à la main. Tous ces moments qui s?envolent et que je voudrais rattraper avant qu?ils s?en aillent. L?ardoise qui porte le menu du jour. Toutes ces pages que j?ai tourné dans mon carnet. Ces pages que je n?arrive jamais à tourner. Le cliqueti de l?horloge.
Tous ces moments qui se volatilisent et que je voudrais rattraper au vol.
Je pense à toutes ces voix que j?ai entendu, je les repasse, comme avec magnétophone. Rauques, cristallines, douces, timides, étonnantes, enrouées de colère et de cris, carressantes. Cette voix que je ne reconnais jamais au téléphone, celle là que je n?oublie jamais. Celle qui m?a rendu fou d?amour en quelques secondes dans un train. Celles de la radio. Des voix de femmes souvent.
Je regarde et je me sens spectateur, sans que ça me dérange tellement cette fois.
Comme un monde que je regarde sans vraiment y être.
Je pense à tous ces moments passés, toutes ces petites choses. Toutes ces paroles, ces visages, ces gestes.
Je pense que les filles sont devenues femmes sans que j?y prenne garde, alors que j?ai parfois l?impression d?être resté un enfant.
Je pense à tous ces corps que j?ai fuis, qui sont partis, lassés de m?avoir attendus.
Je pense à ces rêves que j?avais et que j?ai presque oublié. Que ma vie est si différente de ce que j?aurais voulu qu?elle soit.
Je pense que je voudrais regarder un visage s?endormir sur mon épaule encore une fois.
Je pense à tout cela, comme on pense au passé qui ne fait plus de mal.
Je pense que je veux être au présent.
Hier donc.