J?étais assis à la table où vous êtiez tous. Je vous avais invité, en l?honneur d?un prétexte quelconque. Mon anniversaire sans doute. Je crois qu?en vérité, je voulais juste vous dire quelques mots.
J?étais assis à votre table, je vous regardais, je vous parlais, je riais, j?étais avec vous.

J?ai finis par me lever. Le silence s?est fait lentement, étonné que je prenne le temps de me donner la parole, à vous tous en même temps. Ma gorge était plutôt serrée.

Je vous ai dit que j?étais heureux de vous voir. que vous soyiez tous venus, alors que je venais si rarement. Que vous soyez ici malgré toutes mes distances, tous mes silences, mes absences. Je me suis excusé de ne jamais donner de nouvelles, de ne jamais parler de moi, de me fermer dès que vous m?abordiez. De ne pas toujours répondre à vos messages, d?oublier de venir vous voir. Je vous ai dit que j?avais du mal à vous donner de l?amitié, de l?amour, de la tendresse et que je m'en sentais désolé.
Je vous ai dit que je me demandais bien ce que vous foutiez là, que vous étiez vraiment toqués. Que j?étais sûr que c?était le vin qui vous avait attiré. Vous avez ri un peu. Je vous ai dit que je vous aimais tous, autour de la table, et que j?étais heureux que vous soyiez venus.

Je me suis rassis à votre table, je vous ai parlé, regardé, j?ai fait bonne figure, comme si. Mais la gorge me faisait mal et il y avait ces larmes qui m?abordaient. J?ai prétexté le besoin d?air frais pour sortir le prendre.

Dehors, j?ai écouté mes pas sur le gravier. Les quelques brides de conversations venant de votre table qui s?échappaient par la fenêtre. J?ai marché un peu et je me suis laissé aller sur un banc. En regardant la nature autour, je me suis dit que j?aurais préféré qu?elle reflète quelquechose, ma tristesse. Ou qu?elle soit flamboyante, grandiose, qu'elle m'en mette plein les yeux. Qu?elle me raconte une histoire. En réalité je ne voyais que mon jardin mal entretenu, un peu triste.

Je suis resté assis, un peu hébété, un peu triste, à regarder ce jardin triste, les yeux qui s?embuaient. Puis j'ai baissé les yeux vers mes pieds qui jouaient à faire du bruit avec les graviers.

J?ai relevé la tête quand j?ai entendu tes pas. Je t?ai regardé approcher. Tu t?es assise à côté de moi. j?ai essuyé mes bouts de larme et je t?ai regardé me sourire un peu timidement.
J?ai pensé que tu étais une de celle que j?aurais voulu séduire, par qui j?aurais voulu être capable de me faire aimer. Que j?aurais voulu sortir de mes pensées pour entrer dans les tiennes. J'avais espéré te voir devenir amante, aimante, et tu es devenue amie.
Tu as pris mon bras, et posé ta tête sur mon épaule, sans dire un mot. Je ne savais pas quoi te dire, et toi non plus. J?ai repensé à nos premières rencontres. Ces heures où je t?ai attendu sans jamais que tu t?en doutes. A tes paroles si cruellement ironiques sans que tu puisses l?imaginer.

Tu m?as demandé si j?avais été vraiment ironique. Il y a eu un moment de silence, je ne savais pas tellement quoi répondre. Je savais juste qu?on était jamais très sûr avec l?ironie. Je sentais la chaleur de ton bras contre le mien, tu avais relevé la tête et son poids manquait à mon épaule.
Vous étiez tous là, autour de la table ce soir, parce que je vous avais invité, prétextant un événement quelconque, à sourire, parler, rire. Le repas allait finir, les discussion s?étioler un peu. Puis vous alliez partir, en petit groupes, tous souriants.
Je serais heureux de vous avoir vu. Puis j?allais tourner dans la maison un peu trop vide d?avoir tant résonné les heures précédentes. Je mettrais de la musique pour essayer de combler ce vide soudain. J?allumerais une cigarette, et je regarderais la table.
J?irais dans la cuisine, hésitant entre cette bouteille de vodka pas encore finie et un thé. Je finirais par choisir le thé. j?essaierais de lire un peu, sans y arriver, D?écrire sans y arriver. Et j'irais juste regarder la musique qui peuplera la pièce comme elle le peut. Et j'irais essayer d?aller dormir, la peur au ventre, sans que je ne me l?explique vraiment.
Je dormirais tellement mal que trois heures après je me lèverais de nouveau, épuisé, et je remettrais de la musique Je me sentirais un peu misérable de ne même pas me sentir capable de mériter votre présence. Je me déciderais peut être enfin à m'occuper du jardin, comme un béquille un peu étrange.

Je me suis arrêté brusquement. surpris d?en avoir trop dit, beaucoup plus que je n?aurais voulu. Tu as reposé ta tête sur mon épaule. Tu n?as rien dit. Je crois qu?il n?y avait pas grand chose à ajouter.
Je me suis excusé, je t?ai dis que j'étais un vrai con des fois. Que de toute façon, je n?avais pas le droit de te balancer tout ça à la gueule, comme ça. Que j?aimerais ne jamais t?avoir dit toutes ces horreurs. Que tu étais là contre moi, que je voudrais rester comme ça pendant des heures, et tout oublier.

Ton bras a serré le mien un peu plus fort.

On est resté quelques minutes à regarder mon jardin, sans dire un mot.

Tu t?es détachée, tu m?as dit que tu devais y retourner. Je t?ai regardé un moment.
J?ai dit que j?arrivais dans quelques minutes.