C'est un leurre la confession. C'est toujours faux.
Il commence, Je suis un homme malade, je suis un homme méchant, je ne sais mê^me pas où j'ai mal... et il continue, il part dans tous les sens, il ne peut pas s'arrêter.
Les mots s'enchainent, tous les mots, un mot en appelle un autre, tous les mots se valent, aucun mot n'a de poids, il continue, un mot, un autre, une idée, une autre, c'est angoissant, il est tombé dans un trou, rien n'a d'intérêt, rien n'a de sens, moi j'ai éprouvé ça, tout le monde peut éprouver ça, on peut penser n'importe quoi, rien ne tient, tout se vaut.
Il est en proie au langage, il est la proie du langage, il est dans le vide, tous les mots sont pareils, 2 et 2 font 4, pourquoi pas 5, je t'aime, je t'aime pas. Rien ne tient.
Dans l'histoire on comprend qu'il est tombé dans ce trou, dans ce langage vie, parce qu'il est coupé de toute parole vivante.
Il n'a personne a qui parler, il refuse d'avoir à qui parler, un interlocuteur.
Il s'est enfermé dans sa propre tête.
Peu à peu on apprend que dans le passé il a trahi la confiance d'une jeune femme. Ce crime le hante, mais à son insu. Il ne met pas en rapport son malheur, sa folie, et ce crime.
Il est en proie à ce langage vide, à ce langage fou parce qu'il a tué la parole.
Il a détruit la parole possible, le lien.
Si une parole n'est pas adressée, elle ne tient pas, tout se vaut, c'est du langage vide, du baratin.
Votre phrase m'a tiré de mon sous sol à moi, de mon souterrain.
Elle m'était adressée à moi, de mon souterrain.
Elle m'était adressée à moi.
Un silence.Mais si on y pense, ce métier que vous faites, c'est un drôle de métier.
Je veux dire, il y a un risque.
Est-ce qu'un autre m'aurait dit la même chose, ou une aussi bonne ?

Leslie Kaplan, Le psychanalyste