écrire ici
Par GM le 25/08/03, 20:57 - Lien permanent
Comme ce n'est pas pour moi un anniversaire de quoi que ce soit, je pense que c'est le moment idéal pour en parler. Je ne sais pas trop pourquoi, je me suis interdit de parler d'ici ici. Alors qu'écrire sur l'acte d'écrire a toujours été une partie intégrante de mon activité d'écriture. Certainement parce qu'il y a un certain risque d'écrire en rond, stérilement. Et que cette partie de l?écriture ne mérite pas d?être exposée, c?est de la cuisine interne. Si j?osais, je dirais que c?est la recette que le chef ne dévoile pas (j?ai osé).
Je ne sais pas exactement pourquoi j'ai commencé à créer cet espace. Et j?ai préféré écrire sur écrire avec parcimonie, retenue, attention, surtout très peu.
Je sais juste que j'ai longtemps eu l'envie de faire lire les quelques lignes que j?écrivais sur un cahier à d'autres personnes que celles qui me connaissent bien, celles que je connais bien.
L'idée d'un espace web était présente depuis bien plus longtemps que cet endroit, celui-ci n'est né que grâce à la rencontre avec cet outil, qui fonctionne comme un cahier à l?envers, et presque en mieux, parce que j?arrive à me relire, ce qui n?est pas toujours vrai sur du papier, et en plus, il n?y a pas de rature. Si cet outil n'avait pas existé, cette page n'aurait certainement jamais vu le jour non plus non plus, j'aurais été bien trop flemmard pour l'inventer moi même.
Je n'attend pas grand chose de cet espace, ou plutôt je ne sais pas quoi en attendre. Ce n'est pas un journal intime, ou pas que, ni principalement. Ce n'est pas une oeuvre de fiction, ou pas que, ni principalement. Dire que je n'écrirais que pour moi serait un mensonge, je n'expose pas pour ne pas être lu. Dire que j'expose simplement serait un mensonge aussi, je suis parfois intimiste, mais je n?en attend pas une hypothétique thérapie.
Ce lieu est juste l'endroit où un obsédé de la pudeur joue à s?exposer. J?aimerais que ce lieu ne soit qu?une scène, où je serais comédien. Mais je sais que parfois c?est un lieu où le comédien n?est plus vraiment acteur, c?est juste le texte qui change, il n?a plus vraiment de texte, alors il se raconte. C?est aussi un lieu où je montre parfois les autres, d?autres qui m?ont touché, des bouts de livres, des bouts de vie, des bouts d'imaginaires.
Cette dissonnance entre l?intime supposé et le fictionnel espéré me trouble. Il semble admi de façon quasi (inconsciente?) que ce qui se trouve sur un carnet web doit être intime et vrai ou bien informatif et vrai, et ce qui est mensonge ou fiction n?ai pas lieu d?être s?il n?est pas annoncé. Il n?est pas question pour moi de me dévoiler totalement, même si je le fais parfois. il n?est pas question pour moi de n?écrire que fiction. Je ne préviens jamais de la nature d?une entrée. Réelle, imaginée, vécue, vue, reconstruite. Quelle importance. Et même, comment poser la limite ?
Quand je passe une demie heure pour trouver la tournure de phrase qui me convienne pour raconter une chose intime, n?est-elle pas construite finalement ? Quand j?écris d?un jet une scène inventée, n?est-elle pas plus réelle, spontanée ? Je ne sais pas.
Donc je raconte une histoire, des histoires, avec des bouts vrais, des bouts inventés, je ne dis pas lesquels. Mais les deux font partie de moi. Est-ce que de savoir que les quelques lignes qui vous ont touché sont fictives les rendent moins touchantes ?
Je ne sais pas, je n?ai pas vraiment de réponse en ce qui me concerne. mais je me sens en porte à faux quand on me demande la suite d?une histoire dont je ne connais pas la fin, parce qu?elle n?existe pas, ou pas encore. Je me sens aussi en porte à faux quand des personnes ont l?air de croire que je raconte ma vie, alors que pas vraiment. Désemparé surtout. Ma vie, je crois que je ne pourrais pas la raconter comme ça, devant tout le monde. Disons que l?ambiguité peut aller tant que les lecteurs sont suffisament lointains pour ne pas vraiment exister. Quand vous prenez corps, par vos interventions, vos carnets personnels, où même vos existences vraies dans ma vie à moi, j?ai l?impression de trahir d?une certaine façon, et ça me met mal à l'aise. Une solution aurait de tout écrire en "il", ou même en "vous", en "tu". Je n'y arrive pas vraiment. Et puis ma vie n'est pas tellement passionnante dans le fond.
En l?état actuel de mon égo, je ne peux pas vraiment faire autrement que de rester caché sous cette ambiguité. Et j?expose ce que je veux, c?est l?expression de mon ego aussi, bien réelle.
C?est pour ça que j?ai voulu prévenir que l?écriture était mensonge.
Des fois je préfère simplement la question, je n?ai pas vraiment de réponse.