- Il ne faut pas tomber dans la complaisance non plus.

Il y a des mots, des phrases qui frappent comme des coups de poings. Je me regardais là, un matin, en train de les recevoir comme je pouvais et de tenter de faire bonne figure. Il était encore tôt pour moi, j'étais venu ce matin pour le voir lui, que je n'avais pas vu depuis si longtemps. A cette heure où je dormais d'habitude.
Le matin parce que simplement il se levait pour travailler, lorsque je me couchais. il trouvait qu'avant le lever du soleil, son esprit était encore suffisament engourdi pour ingérer sans protester toutes ces connaissances inutiles et indispensable à son concours. Ce matin là donc, lui après son gavage de mots, et moi après juste assez de sommeil pour commencer à sentir le mauvais alcool me faire mal à la tête.
Dans ce café, où tous les bruits habituels d'un café comme autant d'aiguilles dans le cerveau. il fallait essayer de faire bonne figure, je n'y arrivais pas tellement.
Il me racontait ses derniers mois, où elle était partie après l'avoir fait venir. Comment il avait choisi ce bout de vie monacal pour ne pas y penser.
Je racontais ces bouts de mois, ces bouts de moi, ces bouts de vie et cette impression qu'ils partaient en lambeaux.
Et puis cette phrase.
Il ne faut pas tomber dans la complaisance non plus.
Je ne sais pas s'il me parlait ou s'il s'adressait à lui même. Il ne le savais pas très bien non plus.
Il était certainement le seul à pouvoir me la dire. C'était certainement le seul moment où j'aurais pu l'entendre.
Un moment de silence s'est installé. Assez long. Cette phrase l'avait certainement autant remué que moi.
Rentré chez moi, j'ai dormi.