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Par GM le 31/08/03, 21:51 - Lien permanent
Il s?est assis, il a parlé, je l?ai écouté.
Cet homme avec qui j?ai mangé à l?hôtel.
On était seuls, les seuls clients.
Il avait besoin de parler, j?avais besoin d?écouter.
Il m?a raconté son histoire, cet homme. il étais assez vieux, à la retraite. Le poids des ages sur le visage. Le poids des ans, celui de la tristesse.
Il m?a raconté sa femme malade. La maladie incurable, celle qui bouffe la vie sans laisser d?espoir. Celle qui fait partir l?autre ailleurs, mélange les ages, fait oublier les prénoms mais pas les visages.
Tu étais au téléphone de nouveau ce soir là, et je t?ai raconté ce vieux.
Je t'ai raconté comment il est resté auprès d?elle longtemps, des années. Des années à la voir partir dans un autre monde, à la regarder l?oublier. Et lui, à rester auprès d?elle, sans jamais la quitter, sans jamais la quitter des yeux.
Je t'ai raconté pourquoi au bout de ces années, il n?en pouvait plus, il se sentait fatigué. Fatigué de ce travail qui n?en était pas un de surveiller la femme de sa vie. Fatigué de vivre pour elle et même pas avec elle. Et même l?inavouable, fatigué par elle.
je t'ai raconté qu'il a voulu prendre ce qu?il s?appelait des vacances.
Je t'ai raconté qu'l a cherché une personne pour reprendre la surveillance pendant son abscence. Puis il est parti. En vacances. Voir la mer. Voir la montagne. Voir ses amis disparus depuis sa propre disparition.
Je t'ai raconté qu'au milieu de ses vacances, son téléphone sonne, lui qui ne sonnait plus depuis si longtemps.
je t'ai raconté qu'elle était décédée, comme ça d?un coup, sans prévenir, sans annoncer. Il est retourné chez lui, il l?a enterrée.
La vie est une salope hein ? C?est quand il était pas là qu?elle l?a quitté.
...
Il l?a surveillé des années sans interruption, puis au moment où il va se promener, elle le quitte.
Peut être qu?elle ne voulait pas qu?il la voie partir.
C?est peut être qu?on ne peut quitter quelqu?un pour de bon que lorsqu?il est absent.
Tu n?as rien dit, rien répondu. Il n?y avait rien à répondre. Je n?avais rien à ajouter. Tu as raccroché au bout du silence.
J?ai fait des cauchemard cette nuit là.