J?ai ruminé ces questions dans le train un moment, celles qui me ramenaient à moi, celles qui me ramenaient à ma vie.
Tu as une femme ?
Il sont où tes enfants ?

J?ai décidé de prendre un train de nuit, pour me réveiller dans une ville différente, voyager sans le temps du voyage.
Le train s?est mis en branle, et j?ai cru un instant que c?était la gare qui partait, comme souvent. Puis le bruit du train a ramené mes sensations à la réalité. La gare, la ville, la mer s?en allaient.
J?ai toujours aimé le train, surtout ceux qui ne vont pas trop vite.

Je n?ai pas réussi à trouver le sommeil, je me suis mis à la fenêtre pour regarder ces fragments de paysages que la nuit laissait entrevoir, deviner. Ces morceaux de monde qui passent dans l?autre sens, vers cet inconnu dont je venais. J?avais voulu éviter le voyage, mais je le préferais souvent à la destination.
J?ai fini par m?endormir, dans une position inconfortable, la tête contre la vitre. Peu d?heures plus tard, je me suis réveillé en même temps que la lumière, engourdi, les vertèbres endolories, pouvant difficilement bouger ma tête. Ca a duré quelques instants.
Je suis sorti à la première gare qui s?arrêtait. il était tôt, la ville n?était pas encore réveillée.

Je suis entré dans le bar de la gare, qui venait d?ouvrir, accueillant ces gens de passage avant d?aller travailler.
J?ai commandé un café, trouvé un paquet de cigarette dans mon manteau que j?avais oublié. Je me suis rendu compte que je n?avais pas touché une cigarette depuis mon départ. J?en ai allumé une, que je n?ai pas trouvé agréable.
Je suis sorti. La ville n?avait pas encore l?odeur de ville. elle était encore dans sa nuit. J?ai marché, pour aller à sa rencontre.
Je savais que je n?allait pas l?aimer.
Je savais que j?allais y rester quelques jours.