Je suis un peu parti
Par GM le 15/06/03, 21:16 - Lien permanent
Je suis un peu parti comme un voleur, mais putain, c'est dur de dire au revoir comme ça, surtout quand je vois tes yeux qui cachent difficilement ton émotion, je savais pas trop quoi dire alors j'ai pas dit grand chose.
Maintenant tu pars deux ans dans un pays où on peut attraper la dengue en discutant avec un moustique, et où l'eau monte de plusieurs mètres à la moindre averse de mousson. Je savais depuis quelques mois que tu allais partir, mais je crois que je me suis rendu compte à ce moment que ça voulait dire que j'allais plus te revoir. Alors j'ai bredouillé quelques mots, et j'ai commencé à marcher le plus vite possible, vers le train qui s'en allait.
Dans le train, une boule dans la gorge serrée, devant moi une femme essayait de se faire belle pour la soirée à coup de maquillage un peu vulgaire. En regardant le train avancer par la fenêtre, je me suis rendu compte à quel point tout ce temps qui passe était irréversible. La plus banale et presque la plus idiote des pensées à avoir à ce moment, mais je crois que j'y pense jamais à cette pensée là justement. Il y a plein de choses qu'on ne fait pas parce qu'on se dit qu'on peut les faire à tout moment, puis un moment on peut plus. J'ai même pas d'idée précise en tête, c'était juste un truc à penser, comme ça, dans le train, avec la gorge serrée et des bouts de larmes qui tentaient de sortir par effraction par la petite fenêtre à peine close.
Finalement, je suis sorti du train pour en prendre un autre, et sur le quai une petite fille s'amusait à faire une sorte de marelle imaginaire, tout en jetant régulièrement un oeil mi-inquiet mi-complice vers moi pour vérifier qu'elle avait bien trouvé son public. Je l'ai regardée un moment, le train est arrivé, sa mère l'a rappelée. J'avais envie de sourire finalement, parce que je sais que tu pars faire ce que tu veux faire. Je n'ose même pas dire ce que tu rêves de faire, et pourtant c'est évident, je te l'ai déjà dit d'ailleurs.
Il y a toutes choses qu'on a pas faites ensemble que j'aurais bien aimer faire certainement, même si j 'y pensais pas trop.
En écrivant ces mots, j'ai eu un méchant retour d'émotion, des larmes qui tentent de s'échapper de nouveau, impossible de les tenir celles-là. Simplement, je suis vraiment heureux pour toi, tu sais, et comme tu le dis dans ton dernier message, je t'aime aussi. J'aurais aimé te le dire en italien, pour avoir un air plus classe et désinvolte, mais je ne connais pas un traitre mot d'italien, faudra donc te contenter de ça.