J'avoue, quand j'ai vu ton nom dans le journal, ça m'a fait un choc. Je t'avais presque oublié, comme toute cette période de ma vie. Puis tu a réaparu à la page faits divers sans crier gare.
Je suis resté sans savoir quoi penser un moment.
Puis je me suis souvenu de toi.
Je ne savais pas si tu te souvienais encore de moi. Tu étais jolie et sauvage. Avec moi pas tellement en vérité. Je n'ai jamais trop compris pourquoi. Mais dès qu'un homme approchait, tu ressortais tes crocs, pour mordre, j'aurais presque pu dire pour tuer si...
Je me souviens comment tu arrivais à me sourire à moi et comment tu redevenais une autre dès qu'un autre approchais. Pourquoi tu me parlais me souriais à moi plutôt qu'à un autre, je ne sais pas, je n'ai jamais su.
Puis ton nom, dans ce journal.
Je suis revenu deux ans en arrière, je me suis souvenu de ton sourire alors que ce n'était pas ta mimique préférée. Je ne sais même pas si tu savais à quel point ton sourire te rendais jolie.
Ca faisait deux ans que je ne t'avais pas vu, et puis je me suis dis qu'il fallait que j'aille te voir, maintenant que tu étais enfermée, tu ne devais plus voir grand monde.
C'est vrai que c'était ridicule d'aller te voir comme ça. C'est sûr même.
Je savais pas trop quoi faire.
Je voulais juste te dire que des fois j'avais pensé à toi. C'est vrai c'est pas beaucoup.
C'est vrai c'était ridicule. C'était juste pour te faire savoir que tu n'étais pas seule, même si enfermée.

L'attente devant l'entrée ce matin là, il faisait froid.
La fouille.
Et puis je t'ai vue assise, comme ça, à attendre ma visite improbable.
Tu avais changé, comme si tu avais perdu toute fierté. Ca m'a fait un peu peur, j'ai eu envie de partir, mais j'étais venu pour te parler.
Les mots ont commencé à me manquer dès que je t'ai vue. Je savais plus trop quoi dire, ce n'étais pas de la pitié, juste de la tristesse, mais comment te le dire.
Je t'ai demandé si tu te souvenais de moi, tu m'as dis oui de la tête, sans un mot.
Je t'ai dis que si tu avais besoin de quelque chose, de quelqu'un, tu n'étais pas seule, j'étais là. Ces paroles me semblaient convenue, éculées, stupides, mais je n'étais pas capable de mieux.
C'était ridicule de les dire, moi j'allais sortir.
Mais c'étais difficile pour moi aussi d'être là à te regarder comme ça. Tu m'avais toujours semblé si libre à refuser tout le monde, ça me faisait mal de voir tous ces murs autour de toi. Je savais pas quoi dire de plus, je me suis tu.
Tu a continué à ne rien dire pendant un moment, en regardant le sol.
Un assez long moment.
A regarder le sol.
Puis, tu m'as regardé droit dans les yeux.
Tu m'as dis que c'était trop tard.
J'ai compris.
Je me suis excusé.
Je suis parti.
J'avais un peu honte.
Avant de sortir je me suis retourné pour te regarder encore une fois, tu étais déjà partie, sans me jeter un regard.
J'ai su que tu étais perdue.