Ce qui est étonnant, quand
Par GM le 01/04/03, 19:00 - Lien permanent
Ce qui est étonnant, quand on lit des livres sur la Russie contemporaine, c'est cette nostalgie persistante du Stalinisme. On voit toujours des gens dire que c'était mieux avant (et ça l'était peut être sous certains angles tant qu'ils ne voyaient pas le pire) quand le petit père des peuples s'occupait d'eux.
C'est difficile à entendre quand on sait ce qu'a vraiment été le stalinisme. Mais s'il revenait, il remetrait tout en ordre, c'est sur (et d'une certaine manière ça l'est) et il s'occuperait d'eux.
Et pourtant c'est pas si lointain cette nostalgie, si j'écoute ma grand mère parler. Cette nostalgie de là bas, comment c'était quand elle y était. Elle n'y a certainement pas vécu le pire, le pire elle l'a vue en Allemagne, à un moment où il n'était pas bon d'être en Allemagne en venant de Russie, ni d'où que ce soit d'ailleurs. Puis elle est arrivée en France, et c'est aujourd'hui une des personnes que je connais qui a une des plus grande idée de la France. Tout semble se contredire en elle. Mais elle est comme ça. Là bas c'était mieux parce que personne ne crevait de faim à faire la manche dans le métro, parce que parce que parce que.
J'ai du mal à la contredire parce que j'ai pas vécu tout ça moi, j'ai juste été élevé dans mon confort de privilégié de fin de siècle et je continue à m'y complaire sans culpabilité. Cette femme (et là je me rend compte à quel point ça peut faire bizarre de dire "femme" pour ma grand mère, comme si elle n'avait jamais pu en être une, juste une sorte de babouchka francisée). Elle aime ce qu'elle a connu de la Russie, sans concession, et elle aime ce qu'elle connait de la France sans concession non plus. Beaucoup moins que moi en tout cas. Mais n'essayez pas de lui faire entendre que là bas ça a pu devenir autre chose que ce qu'elle a connu, que ce qu'elle a voulu y voir, c'est peine perdue. Elle y a cru. Ils y ont tous cru (en tout cas beaucoup d'entre eux) je pense. Difficile de s'immiscer là dedans avec toutes nos certitudes, avec toutes nos connaissances.
Et moi j'ai fait 50 kilomètres pour m'éloigner de ma famille, elle a traversé l'Europe, réellement. Cette femme a traversé l'Europe, contrainte certainement, mais elle est restée là où elle arrivée, et aujourd'hui elle n'a aucun haine, aucun ressentiment, elle parle 4 langues courrament -y compris l'allemand et c'est même certainement la seule raison pour laquelle elle est toujours là pour le montrer, elle me raconte Victor Hugo alors que je ne l'ai jamais lu moi mais elle si. Elle a envoyé ses gosses au catéchsme alors qu'elle a toujours été athée pure et dure (et elle l'est toujours officiellement), mais qu'il fallait que ses gosses vivent comme les autres gosses dans le village. Et aujourd'hui elle regarde le jour du seigneur tous les week end en cachette.
Alors moi je trouve que j'ai l'air fin avec mes petites certitudes en fait.
Je peux toujours faire la morale après.
Faut que je traverse l'europe avant, ou en tout cas un bon bout de monde et pas juste le périph'.
Et pas en avion.