L'homme était assis, il regardait un peu dans le vide. Son visage était couvert de poussière. On pouvait y voir trace de larmes. Il avait pleuré, certainement.
Il vit arriver l'enfant d'assez loin. Il l'a regardé arriver vers lui. Sans bouger.

L'enfant avançait lentement. Il titubait de fatigue, d'épuisement. Il ne savait pas où il allait. Il avançait, têtu. Il avait le visage couvert de poussière, et de sang séché. Il n'y avait pas de trace de larmes. Il n'avait pas pleuré, certainement.

Quand l'enfant arriva à portée de voix, le vieux regarda ses cultures dévastées de s'être trouvées sur le passage des machines de guerre. Il les avait vu passer, aller vers l'endroit d'où venait l'enfant. L'homme s'était caché au passage des machines. Par peur. Un peu par lâcheté.

- Eh toi, où tu vas comme ça ?
- ...
- Tu sais pas parler ?
- ...
- Où tu vas, qu'est ce que tu compte faire par là ?
- Je veux tuer.
- ...

L'homme resta un moment sans rien dire. Son visage semblait fatigué. Peut être avait il déjà tué lui, difficile de avoir.

- Bien, mais d'abord, il faut que tu te laves, et que tu dormes un peu.
- ...

L'enfant se laissait faire. Il dormit. Le lendemain, il fallait recommencer à vivre. Les cultures. L'homme demanda à l'enfant de l'aider.

Les années passèrent. Les années passent vite. L'enfant était devenu un jeune homme, assez fort. Ils ne voyaient personne ici. L'homme regardait l'enfant, qui n'était plus un enfant mais un jeune homme, travailler. Lui se reposait. La présence de l'enfant lui avait laissé le temps de faire pousser des fleurs. Il regardait l'enfant, et il pensait qu'il ne l'avait jamais vu pleurer. Il ne l'avait jamais vu sourire non plus. Il ne parlait pas beaucoup. L'homme ne parlait pas beaucoup non plus. Cela ne le dérangeait pas.

Un matin l'homme se réveilla, et ne trouva plus personne chez lui. Il était de nouveau seul. Cela ne l'étonna pas. Il retourna travailler dehors. La vie continuait.

Quelques années plus tard, les années passaient vite. L'homme était assis, il regardait un peu dans le vide. Son visage était couvert de poussière. On pouvait y voir trace de larmes. Il avait pleuré certainement.

L?homme était vieux maintenant. Les années passent vite, mais elle restent implacables. L'homme était fatigué aussi. Fatigué de recommencer encore et encore. Il regardait ses cultures labourées par les machines de guerre qui étaient passées. il n'y avait plus de fleurs.

Il était assis et il regardait la silhouette tituber de fatigue, d'épuisement. Il reconnut l'enfant, qui n'était plus un enfant, mais un homme maintenant. Quand l'enfant était à portée de voix, le vieux demanda :

- C?est bon, tu es content, tu as eu ce que tu voulais maintenant ?
- ?
- Va me chercher de l'eau dans le puit, j'ai soif, et je suis trop vieux pour ça.

L'enfant, qui n'était plus un enfant mais un homme, posa son fusil. Et il alla chercher de l'eau. Quand il revint, le vieux remarqua des traces de larmes dans la poussière. Il lui dit qu'il ne l'avait jamais vu pleurer. L'enfant pleura. Le fusil avait disparu.

Le lendemain, il fallait recommencer à vivre. Les cultures. Le vieux demanda à l'enfant de l'aider.

Les années passent vite et le vieux n'eut pas le temps de faire pousser des fleurs. L'homme l'enterra.

Quelques années plus tard, les années passent toujours vite, l'homme était assis, il regardait les fleurs qu'il avait faites pousser. Il sourit.