Ce matin, au moment de la première gorgée de thé, je remarque un être étrange sur la table, qui me fixe avec attention juché sur ses deux pattes de devant et qui essaie de communiquer en remuant ses mandibules.
J'observe la scène un peu circonspect, puis je me rend compte qu'il sagit bien d'une fourmi. Je n'ai rien contre les fourmis, mais dans un appartement au premier étage en plein centre ville d'une proche banlieue parisienne, dans MON appartement, ça n'est pas possible. Ca ne peut pas durer.

De mes vingts premières années passées chez mes parents à la campagne, j'ai retenu quelques règles fondamentales sur les fourmis :

1/ Une fourmi n'est jamais seule,
2/ Une fourmi n'est jamais là par hasard,
3/ un fourmi est une redoutable découvreuse de sucre sous toutes ses formes qu'un oeil humain peu habitué à regarder des choses bien rangées ne voit pas.

En effet, les fourmis sont dans une quêtes perpétuelle de cet élément chimique d'importante stratégique qu'est le sucre, sous la forme de tâche de sirop, de confiture, de bonbons égaré sous un fauteuil, ou même d'un sucre en morceau que finalement vous n'avez pas mis dans votre café et que vous avez oublié là. C'est d'ailleurs là leur seule utilité, elles vous permettent de retrouver infailliblement le bonbon que vous avez laissé tomber derrière le canapé de la semaine dernière et que vous n'avez jamais réussi à retrouver. ELLES le retrouveront, faites leur confiance.

Plongé dans ces pensées, je regarde la fourmi qui semble s'être quelque peu lassée d'essayer de communiquer avec moi ce matin (preuve flagrante de son ignorance du monde dans lequel elle se meut, tous ceux qui m'ont fréquenté le matin savent parfaitement que c'est peine perdue que d'essayer de communiquer avec moi le matin). Elle est donc retournée vaquer à ses occupations à la recherche de la tâche de confiture (je l'ai repérée aussi).
Durant un instant, une bouffée de de sadisme une peu nostalgie me souffle une solution un peu vicieuse : je vais lui couper les pattes, ses copines la ramèneront à la maison, il y aura un conseil de famille entre elles et elles décideront d'abandonner mon territoire à cause de mon attitude barbare à leur égard.

Face aux multiples incertitudes que comporte ce plan et en dépit du fait qu'il aurait pu me rappeler certains souvenirs d'enfance, je décide pour une solution plus radicale.

La guerre est déclarée.
Unilatéralement.
Mais j'ai une bonne raison, l'invasion a été unilatérale aussi.

Je range et nettoie tous les éléments chimique qui pourraient constituer un élément de preuve contre moi (oui, c'est de la dissimulation de preuve, mais c'est la guerre : tout est permi).

Je déplace l'infanterie aspiro-mobile vers le champs de bataille, j'établi un lien logistique entre cette infanterie et la prise de courant, et j'attaque.
Sans aucun état d'âme.
Les pertes chez l'adversaire sont lourdes. Je porte atteinte directement au front, et afin d'infliger une défaite sans appel à l'adversaire, j'attaque également la chaine d'approvisionnement. Je la remonte. Je trouve enfin la faille sur ma frontière.
Une fissure dans le parquet. A travers laquelle on peut acceder à l'extérieur via l'arrière boutique du fleuriste qui me sert de voisin de dessous. L'accès à mon territoire par cette fissure dans mes lignes frontalières semble relativement aisé pour peu qu'on fasse moins de deux millimètres de long.

Je sens donc que le conflit risque de s'embourber et durer. J'avais sous-estimé leurs forces, leur nombre, et leur motivation à venir me voler mes usines de chimie sucrée.

Mais j'ai bon espoir, d'ici l'hiver prochain je les aurais toutes ou elles devront de toute façon partir définitivement. Le temps joue pour moi. En attendant, c'est la guerre, et elle risque d'être longue, à moins que je ne me décide à réellement utiliser des armes chimiques de destruction massive.