Tout change et rien ne change. [2]
Par GM le 12/07/04, 23:59 - Lien permanent
J’ai recommencé un journal.
J’ai envie d’un journal qu’on lise bien calé au fond d’un fauteuil en cuir et dont on tourne et retourne les pages grâce au doigt mouillé et plus d’un carnet qu’on déroule à l’aide d’une roulette en plastique posée sur un bureau inconfortable.
C’est une question de matériaux autant que de style.
Je n’arrive pas à trouver ou retrouver la forme qui me convienne. Cela va faire plusieurs mois maintenant que je tourne et détourne au tour d’un pot qui a une forme étrange.
La forme de blog ne me plait plus. Je n’ai jamais vraiment aimé ce mot, ‘blog’, il colle à la lettre, il fait ‘blob’, ‘splouch’, il est spongieux, collant au doigts, et un peu poisseux aux lèvres quand on le prononce. Je préfère de loin carnet, et même carnet web, malgré une certaine réticence assez snobique envers l’anglicisme . Mais je m’égare.
J’ai eu une très grande affinité avec cette forme durant presque un an et demie. Elle correspondait étonnament à ma pratique de l’écriture. Cette affinité est devenue frustration durant les dernières semaines parce que ma pratique a changé, et la forme ne collait plus aussi bien.
J’ai essayé de combler cette frustration, notamment en changeant de décors. Parce que je pressentais que je ne pouvais pas tellement parler de l’enfer de l’univers carcéral dans ce qu’était devenu babils. Parce que cette suite indéfinie de notes éparses et errantes finit par donner le vertige. Parce que j’avais envie de changer.
Alors, comme je veux continuer à écrire, mais comme le carnet ne me sied plus, notamment parce que, comme certains l’affirment avec une certaine élégance :
Mon cul. Le weblog c’est avant tout de l’éphémère, de l’air du temps, des notes données en pature.
Alors j’essaie de trouver une forme qui convienne.
En vérité, il y a eu la tentation assez forte de recommencer ailleurs, sans crier gare et sans prévenir personne, sous une autre identité, pour autant que GM en ait une au vu de lecteur.
J’ai finalement choisi de partir en laissant ma nouvelle adresse, par égards envers les visiteurs. Simplement, j’ai déménagé avant de trouver la bonne maison, et ce n’était pas forcément très malin. Surtout pour accueillir les gens qui passent encore prendre l’apéro, le thé, le café. Je trouve que cela manque d’égards que de les accueillir dans cette pièce encore pleine de cartons où la déco n’est même pas finie.
Alors, je tourne depuis quelques temps autour de l’idée du journal, à la place du carnet.
Un journal, c’est un peu comme un carnet, avant tout de l’éphémère, de l’air du temps, des notes données en pâture. Mais il faut mouiller le doigt pour tourner la page, on colle des photos avec un stick UHU jaune et on raconte ce qu’on veut. Comme un carnet finalement, mais en pas pareil.
Je me rend compte en écrivant ce billet que je ne parle jamais à mes lecteurs, même si je m’adresse à eux, à vous, souvent. Je le savais déjà, j’écris pour moi d’abord, mais ça me frappe de soir, plus que d’habitude. Vous n’êtes pas dans mes mots, alors que vous l’êtes dans mes pensées, sinon cette page n’existerait tout simplement pas.
Pour les détails pratiques l’url http://affleurements.ouvaton.org/ devient l’url principale et unique, le carnet et les extérieurs devraient disparaître d’ici quelques temps.
G.