Jouer à l'acteur
Par GM le 29/07/04, 23:59 - Lien permanent
Deux journées éloignent l’homme – et plus forte raison le jeune homme qui n’a encore plongé que peu de racines dans l’existence – de son univers quotidien, de tout ce qu’il regardait comme ses devoirs, ses intérêts, ses soucis, ses expériences ; elles l’en loigne infiniment plus qu’il n’a pu l’imaginer dans le fiacre qui le conduisait la gare. L’espace qui, tournant et fuyant, s’interpose entre lui et son lieu d’origine, développe des forces que l’on croit d’ordinaire réserves à la durée. D’heure en heure, l’espace détermine des transformations intérieures, très semblables à celles que provoque la durée, mais qui, en quelque manière, les surpassent.
A l’instar du temps, il amène l’oubli, mais il le fait en dégageant la personne de l’homme de ses contingences, pour la transporter dans un état de liberté initiale ; il n’est pas jusqu’au pédant et au philistin dont il ne fasse en un tournemain quelquechose comme un vagabond. Le temps, dit-on, c’est le Léthé. Mais l’air du lointain est un breuvage tout pareil, et si son effet est moins radical, il n’en est que plus rapide.
Thomas Mann, La Montagne magique

Penser s’évader, s’envoler, partir.
L’absurdité de la situation saute aux yeux de jours en jours, à rester comme ça, immobile, à passer ses journées à attendre le soir, ses semaines le week-end. Et trouver des bouts de vie dans les interstices.
Regarder ses journées, ces lignes qui avancent et qui se succèdent, comme un film dont les acteurs sont très mauvais.
Un film auquel on ne peut pas croire.
Comme s’il était l’acteur principal.