Est-ce que les enfants vont voir quelque chose ? [1]
Par GM le 20/09/04, 23:59 - Lien permanent
Une étrange sensation au moment ou j’arrive chez moi et que je retrouve le double des clefs dans ma boite aux lettres. Je n’avais pas pensé à cette éventualité en quittant mon appartement ce matin. La porte de l’appartement est fermée à clef. La clé est dans la boite.
Je constate avec un pointe d’inquiétude que l’appartement est mieux rangé que d’habitude. La vaisselle y est faite. Le canapé qui sert de lit également. Juste l’odeur de tabac un peu persistante que je me suis habitué à trouver inhabituelle chez moi.
Il est vide.
Je me souviens que j’avais lu avant de partir que La porte est grande ouverte et elle le restera. Cette phrase si souvent répétée comme une sorte de litanie, de prière de l’être peut être, je n’ai jamais vraiment su. Je ne saurais peut être jamais tellement.
Ma porte. L’autre porte.
Je ne l’ai pas vraiment lue ce matin, mais elle me trottais dans la tête.
Qu’importe.
J’imagine juste la violence de cette phrase La porte est grande ouverte et elle le restera. Phrase d’accueil et de renvoi en même temps.
Et je ne sais pas quoi penser.

Photo volée.
De toute façon, je quitte le lieu dans lequel j’habite dans quelques semaines, léger et lourd en même temps. La porte y restera fermée ou bien ouverte.
J’imagine que je pourrais même en garder des clefs, y revenir plus tard, sans prévenir les nouveaux locataires. Il me reste assez de clef pour ça.
Quand on quitte un lieu, même s’il n’était pas aimé, ce n’est pas si facile que de clamer l’annonce qui précède le départ.
On a beau connaître l’adresse d’arrivée par coeur, au 33 rue quelque-chose, on ne connaît pas très bien l’endroit pour lequel on quitte celui qui s’en va, ne suivant pas notre route. Certains lieux sont si statiques, les appartements surtouts, qu’ils restent toujours au même endroit. Je dis tout ça, mais mon appartement, je n’aimerais pas qu’il vienne avec moi.
Je remplis les cartons, avec tous ces petits bouts de vies conservés, des papiers souvent, témoins de mes oublis, qui arrivent au regards au gré du remplissage, totalement anarchique.

“une belle impossibilité est préférable à une possibilité peu convaincante”
Mettre en cartons tous ces petits bouts qui composent mon espace d’ici, et me demander quels bouts auront le privilège de faire la suite avec moi. Le moment de prendre le temps de considérer toutes ces questions, ces pensées qui remontent par petits bouts de papiers.
Des questions et des (im)possibilités qui emplissent l’existences. Si banales, et si singulières. Comment serait-ce si ? Et pourquoi ? Et si ? Peut être si j’avais plus tôt ? ou plus tard ?
Je repense juste à toutes ces villes dans lesquelles je voudrais, je voulais, vivre au moins un an. Cette liste de ville et de lieux que j’avais composé une fois et que j’ai perdue, et qui tourne toujours plus ou moins au fond des rêves, juste comme une idée que je peux écrire.
De quoi passer plusieurs vies. Dans vingt ans, j’aurais fini de payer mon appartement. Je n’y habiterais certainement plus.