Les bruits du métro
Par GM le 04/11/04, 23:59 - Lien permanent
Les chanteurs qui m’accompagnent le temps d’un couloir de métro sont toujours de passage.
Il y a lui, chantant un bout de blues en wolof, assis contre le mur, indifférent à la foule qui passe devant lui. Sa voix que j’entends résonner au loin, dans ce couloir si long. Je ne comprends aucun mot, juste la voix, la musique.
Il y a celle qui était là depuis si longtemps qu’elle semble faire partie de ma correspondance. Elle chante parfois, elle joue de l’accordéon parfois, des chansons tristes toujours, elle ne dit rien le plus souvent, juste assise par terre, écrivant sur un cahier bleu des lignes très serrées à coup de stylo bic. Des lignes que je ne peux jamais lire par dessus l’épaule en passant, parce que je suis toujours trop pressé, toujours en retard, toujours pas assez de temps et ces lignes sont trop serrées.
Il y a celui là qui provoque presque un fou rire tellement il chante faux, avec un entrain et une sorte de talent étrange dans ce massacre inutile. J’imagine un instant très cruellement de lui donner un peu d’argent en lui demandant de s’arrêter le temps de trois stations, le temps que je sorte. Je me contente de sortir deux stations plus tôt que ma destination, me disant qu’un peu de marche fait tellement bien aux oreilles.
Il y a celle là qui, me voyant arriver au coin de ce couloir un peu trop long dans lequel j’étais un peu trop seul, un peu trop saoul, et qui s’est arrêtée un instant de jouer de son instrument, une guitare. Elle a attrapé mon regard, mes yeux, pourtant fixés vers le sol, concentrés sur le mouvement de mes pieds, pour ne pas penser à.
J’ai levé la tête pour la saluer comme à chaque fois, en passant, étonné de son silence. Elle me regarde et me supplie : il ne faut pas être triste, il ne faut pas être triste. Elle a des larmes dans les yeux, je ne retiens qu’à peine les miennes. Je n’ai rien à répondre et je fuis, un pied devant l’autre, aussi vite que je peux.