Je ne suis pas certain que de savoir quel est le dernier livre que j’ai acheté ait un grand intérêt. Et en plus ça change assez souvent, au moins deux fois depuis que j’ai commencé ce texte.

Par la bande, donc.

J’ai toujours vécu entouré de livres.

Je lis un peu partout, au lit, dans un fauteuil, allongé dans la pelouse, dans le métro, le train. Je lis en marchant, dans la rue. Je suis parfois revenu à moi au bruit d’une voiture, d’un klaxon, me rendant compte que j’avais traversé la rue sans lever la tête. J’ai du être tout près de mourrir de lire, littéralement, plusieurs fois.

Je ne trie jamais mes livres, ni par thème, ni par ordre alphabétique ni un quelconque ordre. Je les pose là où je me trouve. Sur une table, une étagère, à côté d’un fauteuil, chez quelqu’un d’autre. Le plus souvent je fais des piles de livres à même le sol, contre un mur, piles qui finissent par s’effondrer d’elles même. C’est l’occasion de les reprendre, les feuilletter de nouveau, rarement pour les relire en entier mais pour parcourir quelques pages, et de les remettre ailleurs. Les livres voyagent dans mon appartement. Ils y habitent, s’y promènent, de pièce en pièce. J’ai toujours du mal à les retrouver.

Je lis en silence. Sans musique.

Je lis dans les trains, pour voyager en double. J’aime m’apercevoir que les passagers qui étaient assis autour de moi ne sont plus les mêmes, sans que je me sois rendu compte des départs, des arrivées, des mouvements. J’aime me rendre compte que le voyage est bien plus court que ce que je pensais.

Je n’écorne jamais les livres. Je ne les laisse pas posés ouverts pour garder une page.

J’achète toujours beaucoup plus de livres que je ne peux en lire. Beaucoup trop. J’avais imaginé de distribuer une photo de moi aux librairies que je fréquentais le plus souvent pour qu’elle me reconnaissent et refusent de me vendre. Pour me guérir du démon des livres comme on guéri du démon des jeux. Je pense avoir les moyens de vivre en autarcie un long moment.

Il m’est impossible d’entrer dans une librairie sans en ressortir les mains pleines.

Etrangement j’oublie beaucoup ce que j’ai lu. Les personnages, l’intrigue. En revanche, je me souviens de l’effet que ce livre a pu avoir sur moi. S’il m’a plu. Si je ne l’ai pas fini. Je peux dire qu’un livre m’a enchanté, transporté, troublé, sans être capable d’expliquer pourquoi, ni même en faire un court résumé.

Le plus souvent, j’utilise un ticket de métro comme marque page.

J’ai toujours du mal à me souvenir du nom des personnages, ce qui fait que lorsqu’ils sont nombreux, le début de certains romans me semblent plutôt confus, je ne sais plus très bien qui fait quoi, je confond, mélange. Je suis certain qu’il m’st arrivé de ne pas avoir lu l’histoire telle qu’elle était écrite.

Je n’écris pas sur un livre. Je me souviens d’un ami qui lisait un stylo à la main, annontant les pages au gré de sa lecture. Ca m’effrayait. Je n’ai jamais pu me résoudre à lui prêter un de mes exemplaires.

Si une oeuvre d’un auteur me plait, je lis ses autres livres. Il y a quelques auteurs qui m’accompagnent, comme de vieux amis que je rencontre de temps en temps autour d’un bon repas. Parfois, un peu égoistement, je leur en veux d’être bien plus vieux que moi. Je sais qu’il faudra que je fasse un bout de chemin sans eux.

Quand je pars en vacances, je déborde tellement d’optimisme et je prend souvent de quoi lire plusieurs livres par jour sur une durée qui est au moins le double de celle qui est prévue. Et je finis par lire un livre que j’ai trouvé sur place. Sûrement le charme de l’exotisme.

Je ne finis pas toujours les livres. Je m’arrête assez souvent une cinquantaine de pages avant la fin. De peur d’être déçu. Par essoufflement. Je me dis souvent que finir un livre est certainement bien plus difficile que de le commencer. Quoiqu’il arrive, je sais que je m’approche de la fin, ce n’est pas comme un film ou une chanson, il n’est pas possible de me surprendre sur l’arrivée de la fin. Elle est là, quelques pages devant moi.

J’aime avoir mon livre. si un livre qu’on m’a prêté m’a plu, je me l’offre, parfois sans jamais le rouvrir.

Il n’existe pas raison particulière qui me pousse à choisir un livre plutôt qu’un autre. L’auteur, le titre, l’illustration de couverture, une recommendation, le quatrième de couverture, le vague souvenir d’avoir lu l’interview de l’écrivain quelques mois plus tôt. Le plus souvent, je ne sais pas pourquoi j’ai choisi un livre plutôt qu’un autre.

Je lis de façon très irrégulière, de plusieurs livres par semaine à presqu’aucun pendant plusieurs mois. La transition d’un livre à l’autre est souvent un moment un peu laborieux, il faut abandonner un monde pour en rejoindre un autre, et il arrive souvent que je cherche assez longtemps les bonnes pages, celles qui m’agrippent.

Si un livre de m’accroche pas, je le laisse s’en aller, quitte à essayer de le retrouver quelques temps plus tard.

Sur une ile déserte, je n’emmènerais pas de livres. Je prendrais des écrivains avec moi plutôt. Je partirais avec Paul Auster, Alessandro Barrico, Umberto Eco, Gabriel Garcia Marquez, Imre Kertesz, Goran Tunstrom, Romain Gary, Nancy Huston, Dostoievski, Patrick Modiano, John Irving encore assez jeune, Jonhatan Coe. Inutile d’essayer de les citer tous, j’en oublie forcément plein.