Il restera comme un goût amer à cette campagne, qui laissera chez moi une certaine colère et marquera une rupture profonde et certainement définitive, puisque déjà commencée il y a plusieurs années, avec certains mouvements de la gauche dite alter, vraie ou pure.

Les doutes ont commencé à percer avec ce refus d’admettre sa part de responsabilité dans l’accès du borgne au second tour, puis ont continué à s’installer lors de ces acoquinements un peu troubles avec des gens comme Tariq Ramadan. Il y a aujourd’hui cette incroyable cécité vis-à-vis du fait que si le non au référendum gagne, ce sera pour majorité le fait de voix du front, de l’agité du bocage, de l’hystérique de LO et du facteur de Neuilly, tous porteurs de grands idéaux de justice et de démocratie.

Quand l’épouvantail des travailleurs étrangers qui viennent voler le travail des français commence à s’agiter, qu’ils soient plombier polonais, prostituée slovaque ou marchand d’épices turc, je trouve bien difficile de ne pas voir les corbeaux qui accourent, bien rigolards.

Il reste de la tristesse, celle de voir celle qu’on a imaginé être un amour être devenu tellement étrangère qu’on se demande si on l’a réellement aimée un jour.

Il y a de la colère, celle de voir un ami prendre ce qu’on pense être un mauvais chemin, sans que l’on puisse l’en dissuader. Vous savez qu’il ne vous pardonnera pas de ne pas comprendre son choix et de penser qu’il s’engage sur une mauvaise route, mais vous ne pouvez vous résoudre à l’encourager à poursuivre sur cette voie. En plus de la tristesse de le voir partir sur la mauvaise route, vous avez celle de perdre définitivement un ami, un proche.

C’est la déception de constater un immense gâchis, parce qu’il y avait, et il y a toujours, une place à prendre et à construire, au milieu des partis “traditionnels” rendus bien peu imaginatifs de par leurs luttes de pouvoirs, internes et externes. Sans que cela ne puisse leur être reproché, un parti sert à prendre le pouvoir. Mais ces luttes incessantes laissent un vide, intellectuel et humain, il y a des personnes que le pouvoir décourage et qui ne trouvent pas leur place dans ce jeu et à qui ces jeux ne laissent pas de place.

Il y a toujours des réflexions et des combats à mener, et des avancées à trouver. Il suffit de sortir dans la rue pour voir la misère au pas des portes. Il suffit d’aller travailler pour constater que l’organisation des entreprises –où nous passons pour la plupart une très grande partie de notre temps- est largement plus féodale et autocratique que démocratique. Il suffit de lire un journal pour imaginer les 10% de chômeurs et de parler avec certains d’entre eux pour toucher et sentir la violence de cette situation, lorsqu’on ne l’a pas vécue soit même. Et il suffit de les écouter pour s’assurer de la tartufferie de nombre de nos dirigeants et de discours, d’entreprises, de politiques ou d’intellectuels, heureusement pas tous.

Je n’ai pas la fibre militante, on me reproche suffisamment de devoir me tirer les vers du nez pour savoir ce que je pense de ci de là, et j’avoue m’ennuyer assez rapidement dans la vie associative ou militante, par manque de goût pour l’action, par manque d’envie, et par manque de ce qui ressemble à une certaine foi, qui semble être nécessaire pour militer, dans toutes les facettes de ce terme. Je touche une limite de ce discours, la mienne sans doute.

Au fond, je suis un cynique qui aime quand même les hommes. La difficulté pour moi lorsque j’écris ces lignes est de ne pas me masquer à coup sarcasmes, envers ceux qui me déçoivent et envers moi même. Je suis toujours touché de croiser des personnes qui espèrent changer des choses, et toujours déçu qu’ils finissent par se dévoyer, même si j’ai l’impression que c’est inévitable.

Note : Cela va faire plusieurs mois que je pense écrire sur ce sujet, essentiellement pour moi, pour faire le point, me mettre au clair. Cette campagne et son déroulement n’a fait que « précipiter » sa rédaction, plus ou moins improvisée et sans tellement de but et de déroulement clair. Il est probable qu’il soit amené à évoluer fortement au cours des jours, des semaines ou des mois à venir, avec moi. A moins que la paresse ou l’oubli ne l’emportent.