Des regards [4]
Par GM le 20/06/05, 23:59 - Lien permanent
Durant un très court instant, les regards s’accrochent, comme un fil qui se tend entre deux pupilles étangères et qui se rompt brutalement. Un instant qui dure une éternité et qui semble n’avoir jamais existé dans la seconde qui suit.
Parfois, ce sont deux personnes qui se sont connues dans une vie lointaine, qui se sont oubliées et qui se reconnaissent malgré elles. Parfois c’est un regard d’inconnus, solitaires et partagé, qui plonge dans le doute si personne ne prend la parole, un de ces moment fuyant qu’on ne peut pas rattrapper.
Parfois, ce n’est le rêve que d’un seul.
C’est ce qu’il se disait quand il avait eu l’impression de la revoir derrière la vitre d’un restaurant. Ce n’est le rêve que d’un seul. Le temps de faire quelques pas pour se rappeler de cette rencontre, de ce jour, alors qu’il la regardait tandis qu’elle pleurait, inconnue croisée au hasard de ses pas.
Il n’arrivait pas à se résoudre à continuer son chemin, sans tellement savoir pourquoi cette fois plutôt qu’une autre il se sentait obligé d’offrir son oreille. Des pleurs, il en rencontrait tous les jours ou presque.
Il lui dit que c’était certainement plus facile d’expliquer certaines choses aux inconnus, à ceux qui n’ont pas de d’attentes sur nous, la parole peut alors être plus légère, sans conséquence. Il se sentait incongru en prononçant ces mots, rougissant, un peu honteux de déranger dans ce moment qui ne se partage pas.
Elle se demandait, étonnée, levant les yeux sur lui. Il était soulagé qu’elle ne se mette pas en colère.
Et qui me dit que vous ne me prendrez pas pour une folle, que vous ne raconterez pas mes malheurs à tout vent, à n’importe qui ?
Vous savez, je ne parle jamais aux inconnus.
Il jouait l’outrage, rassuré de pouvoir jouer, elle sourit. Ce n’était qu’un chagrin, pas un deuil. Il avait continué son chemin.
Il s’arrêta au bout de ces quelques pas de mémoire, hésitant à retourner dans le restaurant redonner vie à son souvenir.