Par GM le 31/05/10, 20:49 - journal
Elle est devant la lourde porte en bois, qu'elle n'arrive pas à pousser, à
cause de son bras en bandoulière et de ses 80 ans, qui ce soir pèsent tant.
Arrivant en même temps qu'elle, je lui ouvre la porte, j'attends patiemment
qu'elle entre dans la cour, de son pas lent, mal assuré, incertain, un peu
hagard ; elle semble perdue alors qu'elle est chez elle.
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Par GM le 24/05/10, 16:56 - livres
Mais ce que je me rappelle le mieux, c’est Mr. Bernhauser. C’était notre
voisin de derrière. Il se montrait particulièrement méchant et antipathique
avec les enfants, mais il était grossier aussi avec les adultes. Il avait un
prunier dont les branches passaient par-dessus notre clôture. Si les prunes
étaient de notre côté, nous pouvions les cueillir, mais que Dieu nous aide si
nous franchissions la limite. Il faisait un foin de tous les diables. Il criait
et nous insultait jusqu’à ce que l’un de nos parents vint voir ce qui se
passait. D’habitude c’était ma mère, mais cette fois ce fut mon père. Personne
n’aimait beaucoup Mr. Bernhauser, mais mon père lui en voulait en particulier
parce qu’il gardait tous les jouets et les balles qui avaient le malheur
d’atterir dans son jardin. Donc voilà Mr. Bernhauser en train de crier de
déguerpir de son arbre, et mon père qui lui demande quel est le problème. Mr.
Bernhauser respira un grand coup et se lança dans une diatribe sur les gosses
chapardeurs, désobéissant, voleurs de fruits et monstres en général. Mon père
devait en avoir assez, j’imagine, parce que ce qu’il fit alors, c’est crier à
Mr. Bernhauser de s’écraser. Mr. Bernhauser arrêta de hurler, regarda mon père,
devint écarlate, et puis violet, se serra la poitrine des deux mains, devint
gris et s’effondra lentement sur le sol. Je pensais que mon Père était Dieu.
Qu’il pût, en criant sur un misérable vieillard, le faire mourir sur commande,
cela dépassait mon entendement.
Je croyais que mon père était Dieu et autres récits de la réalité
américaine – Anthologie composée par Paul Auster
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Par GM le 13/04/10, 18:35 - journal
Elle est étrangement seule, immobile au milieu de la foule mouvante qui
l'enlace, indifférente. Elle fixe un point inconnu au travers ses lunettes
noires, agite sa canne devant elle. Elle a peur, elle n'y voit rien.
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Par GM le 13/04/10, 00:13 - journal
Il n'avait rien à dire, vraiment. Si ce n'est que parfois la musique prenait
une sorte d'épaisseur étrange, comme une pâte à pizza. C'était la seule
comparaison qui lui venait à l'esprit, toute ridicule qu'elle semblait. Et il
voyait bien telle qu'elle l'était : ridicule. Aucun musicien de sa connaissance
n'accepterait d'être comparé à un morceau de farine allongé d'un peu d'eau.
Pourtant, il ne voyait que ça. De la pâte à pizza. En fait elle lui semblait
tellement ridicule, cette comparaison, que le plus souvent, il préférait se
taire. C'était mieux comme ça.
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Par GM le 17/03/10, 07:14 - livres
Tu ne lis jamais. Tu n'aimes pas lire ? Non, dit Lily, ça me fait réfléchir.
C'est plutôt bien, dit la mère. Non, dit Lily, c'est pas bien, ça me raconte
des histoires qui me font envie, et tôt ou tard je me demande si la mienne vaut
la peine. Je te laisse, ma chérie.
Lily et Braine - Christian Gailly
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Par GM le 14/03/10, 17:09 - livres
quand les temps sont difficiles, m’avait-on enseigné depuis toute petite,
lis, apprend, révise, va aux textes. Savoir c’est contrôler.
L’année de la pensée magique – Joan Didion
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Par GM le 01/02/10, 09:02 - journal
Sometimes I Feel Like a Motherless Child
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Par GM le 24/01/10, 18:23 - livres
J'appartenais à ma famille et à l'Impasse, j'en vivais les lois et acceptais
les sanctions avec joie. Une fois, pour avoir maudit le nom de Dieu, je reçus à
coup de ceinture une brûlante raclée sur la plante des pieds. Je ne pus marcher
pendant trois jours, mais je trouvais la peine juste, et salvatrice lorsque
j'appris le danger encouru : en enfer on m'aurait arraché les paupières et
obligé à fixer le soleil en plein midi. De penser seulement au céleste
châtiment, je l'imaginais et les larmes protectrices me venaient au yeux. Il
n'a pu durer si longtemps ce bonheur confortable d'une vie réglée par le
respect confiant et les justes craintes.
La statue de sel - Albert Memmi
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Par GM le 22/12/09, 08:23 - journal
Elle a seize ou dix-sept ans. Peut-être dix-huit, c'est difficile de savoir.
Elle fait la manche dans la salle des pas perdus de la gare de l'Est. Elle ne
ressemble pas encore aux autres mendiants, elle est encore jolie, ne porte pas
encore les couleurs, les blessures de la rue. Elle est vêtue d'une robe assez
longue en coton coloré, un sac en bandoulière posé sur sa hanche duquel pend un
ours en peluche.
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Par GM le 19/12/09, 18:29 - livres
Beaucoup de choses véritables sont souverainement ennuyeuses.
Le message - Honoré de Balzac
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Par GM le 02/12/09, 21:54 - journal
N'est ce pas étrange combien on en voit plus sur une photo que dans la vraie
vie ?
Virginia Woolf, citée par
William Boyd dans
Bambou
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Par GM le 21/10/09, 21:20 - livres
Qu’il soit permis d’écrire les noms comme ils se prononcent, pour épargner
aux lecteurs l’aspect des fortifications de consonnes par lesquelles la langue
slave protège ses voyelles, sans doute pour ne pas les perdre, vu leur petit
nombre.
La fausse maîtresse – Honoré de Balzac
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