Par GM le 18/08/11, 12:06
Choukhov n'avait guère le choix : s'il ne signait pas, il avait droit au costume en sapin, s'il signait, il vivrait encore un petit peu. Il avait signé.
''Une journée d'Ivan''
Une journée d'Ivan Denissovitch -
Alexandre Soljénitsyne
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Par GM le 09/06/11, 18:17
A l'arrêt Gambetta du bus 123, qui relie la porte d'Auteuil à la mairie
d'Issy, montent trois jeunes gens de bonne famille, un blond, un petit brun
dans le genre nerveux et hâbleur, et une fille fadasse. Le petit brun diverti
les deux autres aux dépens de la femme de ménage de se parents, si bête qu'elle
croyait être rémunérée au mois et s'étonnait qu'on ne la payât point pendant
les vacances de ses maîtres. Ha ! Ha ! Une telle naïveté fait rire de bon cœur
et la fille fadasse. Encouragé par ce premier succès, le petit brun, avec sa
gueule à conduire des voitures décapotables avant l'âge légal du permis,
enchaîne sur l'histoire du studio que ses parents lui ont acheté, mais où ils
se refusent à l'installer tout de suite, envisageant de le louer. "Ah bon !
D'accord ! C'est ça mon studio !" Exclamations et sarcasmes du trio. C'est tout
juste s'ils ont quinze ou seize ans, mais on sent déjà que se sont épanouies
chez eux, irrévocablement, des dispositions en somme génétiques à marcher sur
la tête et les mains de leurs semblables.
Zones -
Jean Rolin
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Par GM le 26/05/11, 20:44
J'imagine qu'il est impossible à quiconque connut personnellement Henry
James de le lire sans émotion. Il faisait passer le ton de sa voix dans chaque
ligne qu'il écrivait, et l'on accepte les volutes de son style, sa prolixité et
ses maniérismes parce qu'ils sont l'essence même du charme, de la gentillesse
et de l'amusante emphase de l'homme dont on se souvient. Malgré tout, je
persiste à trouver ses nouvelles extrêmement peu satisfaisantes. Je n'y crois
pas. (...) Je ne pense pas que Henry James ai jamais su comment se comportaient
les gens de tous les jours. Ses personnages sont dépourvus de tripes et
d'organes sexuels. Il écrivit un bon nombre de nouvelles où figuraient des
hommes de lettres, et l'on rapport que, lorsqu'on lui disait que ceux-ci
n'étaient pas ainsi, il rétorquait : "Alors, tant pis pour eux." On peut
considérer qu'il ne se considérait pas comme un auteur réaliste. Quoique
j'ignore si le fait a été attesté, je crois deviner que Madame Bovary
devait lui faire horreur. Un jour, Matisse montra à une dame une de ses toiles,
qui était un nu, et la dame s'écria : "mais les femmes ne sont pas comme ça !"
; sur quoi il répliqua : "ce n'est pas une femme, madame, c'est un tableau." Je
pense que, de la même manière, si quelqu'un s'était aventuré à suggérer qu'une
nouvelle de James était différente de l'existence, celui-ci aurait répondu :
"ce n'est pas l'existence, c'est une nouvelle."
L'art de la nouvelle - Somerset Maugham
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Par GM le 20/12/10, 17:40
Et soudain, le 5 mars 1953, Staline mourut. La mort de Staline fit
littéralement irruption dans le système gigantesque de l'enthousiasme mécanisé,
de la colère populaire et de l'amour populaire décrétés par le comité de
district du Parti. Staline mourut sans qu'aucun plan l'eût prévu, sans
instruction des organes directeurs. Staline mourut sans ordre personnel du
camarade Staline. Cette liberté, cette fantaisie capricieuse de la mort
contenait une sorte de dynamite qui contredisait l'essence la plus secrète de
l'Etat. Le trouble s'empara des esprits et des coeurs.
Vassili Grossman - Tout passe
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Par GM le 19/11/10, 16:31
Moi, je n'ai pas de théories. Je passe ma vie à poser des questions et à les
entendre résoudre dans un sens ou dans l'autre, sans qu'une conclusion
victorieuse et sans réplique m'ait jamais été donnée. J'attends la lumière d'un
nouvel état de mon intellect et de mes organes dans une autre vie, car, dans
celle-ci, quiconque réfléchit embrasse jusqu'à jusqu'à leur dernières
conséquences les limites du pour et du contre.
George Sand, dans une lettre à Gustave
Flaubert, datée du 29 novembre 1866 (et non envoyée semble t'il)
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Par GM le 12/09/10, 10:47
Celui qui est atteint du Complexe de Palinure se révèle incapable de tenir
longtemps le gouvernail. Comme le pilote du vaisseau d'Enée, il tombe à la mer
pendant son sommeil. C'est un adolescent permanent. Les expériences subies dans
les grandes écoles ont arrêté son développement. Il a été élevé sur le système
des bonnes notes, une bonne note "pour toutes les fois où il a ouvert la
bouche… et maintenant qu'on a cessé de lui en donner, il ne sait plus quoi
faire".
Tu écriras sur le bonheur -
Linda Lê
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Par GM le 24/05/10, 16:56
Mais ce que je me rappelle le mieux, c’est Mr. Bernhauser. C’était notre
voisin de derrière. Il se montrait particulièrement méchant et antipathique
avec les enfants, mais il était grossier aussi avec les adultes. Il avait un
prunier dont les branches passaient par-dessus notre clôture. Si les prunes
étaient de notre côté, nous pouvions les cueillir, mais que Dieu nous aide si
nous franchissions la limite. Il faisait un foin de tous les diables. Il criait
et nous insultait jusqu’à ce que l’un de nos parents vint voir ce qui se
passait. D’habitude c’était ma mère, mais cette fois ce fut mon père. Personne
n’aimait beaucoup Mr. Bernhauser, mais mon père lui en voulait en particulier
parce qu’il gardait tous les jouets et les balles qui avaient le malheur
d’atterir dans son jardin. Donc voilà Mr. Bernhauser en train de crier de
déguerpir de son arbre, et mon père qui lui demande quel est le problème. Mr.
Bernhauser respira un grand coup et se lança dans une diatribe sur les gosses
chapardeurs, désobéissant, voleurs de fruits et monstres en général. Mon père
devait en avoir assez, j’imagine, parce que ce qu’il fit alors, c’est crier à
Mr. Bernhauser de s’écraser. Mr. Bernhauser arrêta de hurler, regarda mon père,
devint écarlate, et puis violet, se serra la poitrine des deux mains, devint
gris et s’effondra lentement sur le sol. Je pensais que mon Père était Dieu.
Qu’il pût, en criant sur un misérable vieillard, le faire mourir sur commande,
cela dépassait mon entendement.
Je croyais que mon père était Dieu et autres récits de la réalité
américaine – Anthologie composée par Paul Auster
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Par GM le 17/03/10, 07:14
Tu ne lis jamais. Tu n'aimes pas lire ? Non, dit Lily, ça me fait réfléchir.
C'est plutôt bien, dit la mère. Non, dit Lily, c'est pas bien, ça me raconte
des histoires qui me font envie, et tôt ou tard je me demande si la mienne vaut
la peine. Je te laisse, ma chérie.
Lily et Braine - Christian Gailly
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Par GM le 14/03/10, 17:09
quand les temps sont difficiles, m’avait-on enseigné depuis toute petite,
lis, apprend, révise, va aux textes. Savoir c’est contrôler.
L’année de la pensée magique – Joan Didion
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Par GM le 24/01/10, 18:23
J'appartenais à ma famille et à l'Impasse, j'en vivais les lois et acceptais
les sanctions avec joie. Une fois, pour avoir maudit le nom de Dieu, je reçus à
coup de ceinture une brûlante raclée sur la plante des pieds. Je ne pus marcher
pendant trois jours, mais je trouvais la peine juste, et salvatrice lorsque
j'appris le danger encouru : en enfer on m'aurait arraché les paupières et
obligé à fixer le soleil en plein midi. De penser seulement au céleste
châtiment, je l'imaginais et les larmes protectrices me venaient au yeux. Il
n'a pu durer si longtemps ce bonheur confortable d'une vie réglée par le
respect confiant et les justes craintes.
La statue de sel - Albert Memmi
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Par GM le 19/12/09, 18:29
Beaucoup de choses véritables sont souverainement ennuyeuses.
Le message - Honoré de Balzac
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Par GM le 21/10/09, 21:20
Qu’il soit permis d’écrire les noms comme ils se prononcent, pour épargner
aux lecteurs l’aspect des fortifications de consonnes par lesquelles la langue
slave protège ses voyelles, sans doute pour ne pas les perdre, vu leur petit
nombre.
La fausse maîtresse – Honoré de Balzac
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