"Je ne suis manipulé par personne"
Le
cri fait la couverture d'un journal de seconde zone, complaisamment
disséminé sur une ribambelle de colonnes Morris de la capitale. Malgré
sa relative jeunesse, le fils a déjà ces tics et ces habiletés des
vieux routiers, transformant habilement sa faiblesse, ce soupçon de
favoritisme, de piston, en une preuve de sa force, de sa stature présente
et à venir, de sa capacité à résister aux pressions. Ses premiers succès
politiques, électoraux, assez éclatants bien que sans grande élégance
(un trait de famille, semble-t-il) ont été dessinés par la main, dans
le sillon et l'ombre de son père.
Et pourtant, ces mots du fils qui
éludent le père, pourtant omniprésent, omnipotent presque, finiront par
la force de leur propre répétition par construire cette vérité
indéniable : le fils possèdera comme son géniteur cette confiance, cette
croyance en soi inébranlable. Il sera construit de cette assurance, de
cette morgue des vrais héritiers, cette imperméabilité au doute et
cette indifférence aux autres qui lui ouvriront bien plus de portes que
son père ne lui en ouvrirait, et qui lui permettront avec une quasi
certitude de réussir une carrière qui, sans être brillante (l'homme
n'en est pas capable), n'en sera pas moins bordée par les honneurs de
la grande bourgeoisie et très correctement lucrative. C'est là la part paradoxale de cet héritage : ses (vrais) succès futurs se seront bâtis sur l'illusion d'une crée par une (petite) arnaque fondatrice.