Affleurements

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La neige

Je suis prisonnier des neiges en quelque sorte.

La ville est devenue blanche dans la nuit. Je déguste le craquement de la neige sous mon poids. Il est apaisant. La lumière est blanche, assez douce. Je devrais aller travailler, mais l'excuse de ne pas pouvoir me déplacer dans cette ville qui m'est encore étrangère alors que ses habitants semblent en plein désarroi est trop tentante. Alors je regarde, lové dans la chaleur et la nuit d'un expresso, les flocons recouvrir la ville et laisser les branchages tisser leur toile subtile sur le ciel blanc.

Je ne sais pas comment je vais rentrer sur Paris ni même si je vais pouvoir, mais en attendant d'affronter ces soucis, je goûte cette tranquillité surprise. 


5h, paris...

A cette heure, on trouve encore le silence dans le métro ; ceux qui sont ici s'en vont vers leur travail, résignés, les yeux encore lourds, bouffis. Les visages du matin, figures de fatigue. 

Vieillir

Il ne savait pas comment vieillir, il avait l'impression d'être là depuis toujours.

bruissements

La fenêtre laisse entrer le bruissement la ville, lequel ne s'arrête jamais vraiment.

Voitures, sirène d'un véhicule de police au loin, bribes de conversations de passants, son trop fort d'une télévision voisine, grincements de chaise poussée brusquement sur un parquet et même, lorsque le vent s'y prête, la voix familière et le jingle des messages de la gare pourtant lointaine.

le retour

Il semble que tout soit rentré dans l'ordre, a priori sans perte en ligne majeure (et normalement, sans perte en ligne du tout, mais restons prudent).

les dattes

Rue du Faubourg Saint Denis, l'enfant montre un étal du doigt :
 - c'est ça des dattes ?
Le regard amusé, paternel, attendri :
 - oui, c'est bien ça mon chéri.
Affirmatif, souverain , l'enfant : "Les dattes, ça pousse dans les calendriers".

avancer

Piétons : roulez au pas.

hibernation

Pas d'inquiétude, je retourne à mon hibernation très bientôt.

l'héritage

"Je ne suis manipulé par personne"

Le cri fait la couverture d'un journal de seconde zone, complaisamment disséminé sur une ribambelle de colonnes Morris de la capitale. Malgré sa relative jeunesse, le fils a déjà ces tics et ces habiletés des vieux routiers, transformant habilement sa faiblesse, ce soupçon de favoritisme, de piston, en une preuve de sa force, de sa stature présente et à venir, de sa capacité à résister aux pressions. Ses premiers succès politiques, électoraux, assez éclatants bien que sans grande élégance (un trait de famille, semble-t-il) ont été dessinés par la main, dans le sillon et l'ombre de son père. 

Et pourtant, ces mots du fils qui éludent le père, pourtant omniprésent, omnipotent presque, finiront par la force de leur propre répétition par construire cette vérité indéniable : le fils possèdera comme son géniteur cette confiance, cette croyance en soi inébranlable. Il sera construit de cette assurance, de cette morgue des vrais héritiers, cette imperméabilité au doute et cette indifférence aux autres qui lui ouvriront bien plus de portes que son père ne lui en ouvrirait, et qui lui permettront avec une quasi certitude de réussir une carrière qui, sans être brillante (l'homme n'en est pas capable), n'en sera pas moins bordée par les honneurs de la grande bourgeoisie et très correctement lucrative. C'est là la part paradoxale de cet héritage : ses (vrais) succès futurs se seront bâtis sur l'illusion d'une crée par une (petite) arnaque fondatrice.

la rue

C'est sûrement le dernier endroit de Paris où la foule est encore avide du spectacle de la rue, formant au moindre incident, à la moindre aspérité dans le flot des habitants et des voitures, un cordon curieux et bruyant. Le plus souvent, la foule bruisse de moqueries polyglottes, goguenarde et amusée : ce n'est pas tous les jours que l'on peut tranquillement se moquer d'un uniforme pris au piège du ridicule dans ce quartier. Il y a aussi, dès lors que l'incident est un peu tragique, un silence un peu grave, épais et terriblement présent, souligné de regards qui ne se cachent pas de ne pas perdre une miette de la vie en cours devant eux. Ce silence apposé de présences fixes, silhouettes inquiètes, qui contrastent étrangement avec les trajectoires furtives et indifférentes qu'offre le reste de la ville.

Un rêve

Un rêve

Mon premier jour de travail, il me reste quelques petites choses à terminer avec un client de mon employeur précédent. Étrangement, mon nouveau chef m'autorise avec bienveillance à terminer cette affaire, et je précise bien que j'en ai pour deux ou trois heures tout au plus, juste des détails à régler.

A la gare, je n'arrive pas à prendre le train qui doit me permettre de me rendre chez mon client. Je n'y arrive pas.  Je le rate systématiquement. Il n'arrive pas. Il passe pendant que je suis sur le quai le nez en l'air à essayer de comprendre les horaires en vain. Celui que j'arrive finalement à prendre ne me conduit pas où il devrait. Et j'erre, toute la journée entre la gare du nord, la gare de Lille Flandre et celle de Senlis (gare où je n'ai en réalité jamais mis les pied, et pourtant, je suis certain qu'il s'agit de celle de Senlis).

Mon nouvel employeur finit par perdre patience (et je suis malgré tout encore stupéfait pas celle dont il arrive à faire preuve) et je me sens incapable de me mettre en colère, inutile de se mettre en rogne contre la fatalité.

Demain, je reprend le travail, donc.

Occupée

C'est une femme très occupée, elle n'abandonne son téléphone que pour en décrocher un second. Parfois, elle parle aux deux en même temps.

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